Comprendre · Adapter · Noter
La dyspraxie en classe : ce qui bloque vraiment, et ce qu’on peut changer dès demain
L’école demande sans arrêt de copier, tracer, aligner, écrire vite et proprement. Ce sont précisément les gestes qu’un élève dyspraxique n’automatise pas — non par manque d’effort, mais parce que chacun lui coûte une attention entière.
Cette page décrit ce qui se joue en classe et ce qu’un enseignant peut modifier sans matériel ni budget. Elle s’arrête à ce qui se décide en classe : les aménagements formalisés — plan d’accompagnement, matériel, examens — sont traités à part. Une fiche d’une page, à poser sur le bureau, reprend l’essentiel.
Télécharger la fiche « La dyspraxie en classe — 8 repères » (PDF)

En bref
- Environ 5 à 6 % des enfants d’âge scolaire sont concernés — un à deux par classe (Société canadienne de pédiatrie, 2021 ; méta-analyse 2024 : 5 %). Mais il n’existe aucune donnée épidémiologique française, et c’est ce qui explique les chiffres contradictoires qu’on lit partout.
- Le trouble ne porte pas sur les capacités intellectuelles. Il porte sur l’automatisation du geste et, dans certaines formes, sur le repérage visuel et spatial.
- ⚠️ Le conseil le plus répandu — poser un modèle à copier à côté de l’élève — peut être contre-productif sur les tâches de copie, chez les élèves dont la dyspraxie est visuo-spatiale.
- « Applique-toi » et « recommence » ne suffisent pas : malgré les répétitions, l’élève progresse par rapport à lui-même sans rattraper les autres — et il se fatigue. Ce qui compte, c’est sur quoi porte la pratique.
- On dit aujourd’hui TDC, trouble développemental de la coordination. « Dyspraxie » reste le mot d’usage.
Ce qu’un élève dyspraxique n’automatise pas
Le geste qui ne devient jamais un réflexe
Chez la plupart des élèves, écrire une lettre finit par se faire sans y penser. La main sait, l’attention est libre pour l’orthographe, la syntaxe, les idées. Chez un élève dyspraxique, cette bascule ne se produit pas, ou très mal. Le geste reste piloté volontairement, à chaque fois.
La conséquence est cognitive avant d’être motrice. Écrire mobilise alors l’essentiel des ressources attentionnelles disponibles, et il n’en reste plus assez pour ce que l’écrit devait servir.
C’est ce qui rend le trouble si trompeur en classe. L’élève comprend la leçon, sait répondre à l’oral, et rend une copie pauvre. On lit alors de la distraction, de la négligence, parfois de la mauvaise volonté. On voit surtout le résultat d’une double tâche impossible : on ne peut pas fabriquer le geste et penser le contenu en même temps.
Une expérience suffit à le faire sentir : écrire trois lignes de sa main non dominante, en soignant l’écriture, tout en énumérant les départements de sa région. L’exercice paraît anodin. Il ne l’est pas.
La fatigue n’est pas un manque de motivation
Cette dépense permanente a un coût qui se voit sur la journée. Un élève dyspraxique arrive souvent fatigué en fin de matinée, non parce qu’il s’ennuie, mais parce qu’il a produit deux fois plus d’effort pour un résultat moindre.
Trois réglages d’organisation, sans rien changer au programme : placer les tâches les plus coûteuses en écriture en début de séance plutôt qu’en fin ; ne pas enchaîner deux exercices manuscrits longs ; accepter qu’un travail rendu incomplet en fin de journée ne dise rien du niveau de l’élève.
Un quatrième réglage est matériel : les outils qui allègent l’écrit — clavier, synthèse vocale, réglages de lisibilité — et ce que la recherche en dit.
Dyspraxie, TDC, TAC : trois mots pour la même chose ?
Un enseignant qui reçoit un bilan trouve rarement le mot qu’il attendait. Les documents récents écrivent TDC, pour trouble développemental de la coordination. Les plus anciens écrivent TAC, trouble de l’acquisition de la coordination. Et tout le monde, dans la vie courante, dit dyspraxie.
Le repère tient en trois temps. « TAC » est l’ancienne traduction française du DSM-IV ; le DSM-5 l’a remplacée par « TDC ». L’Inserm, dans son expertise collective de 2019, écrivait que le terme dyspraxie, « n’apparaissant plus dans les classifications internationales », il lui préférerait TDC — précisant que « l’utilisation du terme « dyspraxie » renvoie à un usage majoritairement dans le champ social ». La CIM-11, entrée en vigueur depuis, retient comme intitulé le trouble développemental de la coordination motrice, sous le code 6A04, et ne conserve « developmental dyspraxia » que parmi ses termes d’index. Autrement dit : le mot survit comme entrée de recherche, pas comme désignation officielle.
Faut-il pour autant le bannir ? Non. L’Inserm lui-même indique n’avoir pas pu distinguer rigoureusement les deux termes dans la littérature et les traite « comme équivalents » dans toute son expertise. Et Éduscol publiait encore, en mars 2021, une fiche intitulée « Enfant en difficultés motrices — Et s’il s’agissait d’un trouble développemental de la coordination (dyspraxie) ? ».
Ce qu’il faut retenir : les deux mots désignent la même situation d’élève. Si un bilan mentionne un TDC et que l’équipe parle de dyspraxie, personne ne se trompe.
Combien d’élèves, et pourquoi les chiffres se contredisent
On lit tout et son contraire : 7 à 10 %, « plus d’un enfant sur 100 », « aussi fréquent que la dyslexie ». Ces chiffres circulent sans source, et ils ne sont pas compatibles entre eux.
Les repères solides tiennent en trois lignes. La Société canadienne de pédiatrie retient, en 2021, 5 à 6 % des enfants d’âge scolaire. Une méta-analyse de 2024 donne 5 %, avec un intervalle de confiance de 3 à 7 %. Éduscol, dans ses fiches de mars 2021, avance 6 % des élèves — sans référence, comme la plupart des chiffres français.
Reste à comprendre l’écart avec ce qu’on lit ailleurs. L’expertise collective de l’Inserm l’explique : la prévalence dépend entièrement du seuil retenu. Au 5e percentile d’un test moteur de référence, elle va « de 1,8 % à 5,4 % » ; au 15e percentile, « de 6,7 % à 27,7 % ». L’Inserm ajoute que « les chiffres extrêmes, en particulier, sont à prendre avec précaution ».
Et surtout, ce que personne n’écrit : « Il n’existe pas, à notre connaissance, de données épidémiologiques pour la population française. » Les pourcentages français qu’on lit un peu partout sont donc, au mieux, des transpositions d’études étrangères — au pire, sans origine identifiable.
Rarement seul
L’Inserm souligne la fréquence des troubles associés : un élève dyspraxique présente souvent, en plus, un trouble de l’attention, une dyslexie ou une dyscalculie. L’élève dyspraxique « pur » est l’exception, pas la règle. Une adaptation qui ne fonctionne pas ne signifie donc pas toujours qu’elle était mauvaise : elle peut buter sur autre chose.
Ce cadre — repérer, adapter, formaliser seulement si nécessaire — est le même pour les autres troubles des apprentissages : voir la dyslexie en classe, la dysphasie en classe et l’ensemble des besoins éducatifs particuliers.
Le modèle à copier : le conseil le plus répandu, et le plus coûteux
Ce qu’on lit partout, et ce que dit la clinique
Le conseil revient régulièrement dans les ressources destinées aux enseignants : plutôt que de faire recopier au tableau, posez un modèle à côté de l’élève, il n’aura plus d’aller-retour du regard à faire.
L’intention est bonne. Pour une partie des élèves dyspraxiques, l’effet est inverse. Non pas que le modèle soit à retirer de la classe — on verra plus bas qu’il reste utile, dans un autre rôle. C’est le fait d’avoir à le reproduire qui coûte.
La clinique française décrit ce phénomène depuis les travaux de Michèle Mazeau sur les déficits visuo-spatiaux. Un texte des Entretiens de Bichat, qui s’y réfère, l’écrit sans détour : « Le graphisme est touché très tôt surtout dans les activités de copie, le modèle est toxique pour ces enfants. »
Deux observations rendent la chose vérifiable, et elles sont contre-intuitives :
« L’enfant fait souvent plus de fautes d’orthographe en copie qu’en dictée : la présence du modèle l’épuise mais il connaît les règles d’orthographe et sait épeler les mots. »
« Typiquement, en présence d’un dysfonctionnement visuo-spatial, le dessin reproduit de mémoire est souvent bien mieux réalisé que celui produit en copie, alors qu’il s’agit de la même figure, copiée en premier puis reproduite sans le modèle quelques minutes après. »
L’explication avancée par les cliniciens tient au regard : quand la prise d’information visuelle et le repérage dans l’espace sont eux-mêmes coûteux, le modèle n’allégerait pas la tâche, il en ajouterait une. L’élève doit chercher où il en est, retrouver son point de départ, comparer — pendant qu’il trace.
Deux comparaisons à faire cette semaine
Rien n’oblige à attendre un bilan pour savoir si l’on est dans ce cas. Deux comparaisons suffisent, et elles ne coûtent rien :
- La même phrase, en copie puis en dictée. Si la version copiée comporte plus d’erreurs que la version dictée, le modèle est probablement un obstacle.
- La même figure, en copie puis de mémoire. Faites reproduire une figure simple avec le modèle sous les yeux, puis à nouveau quelques minutes plus tard sans le modèle. Si la seconde est nettement meilleure, l’indice est sérieux — à confirmer sur d’autres exercices, car un second essai bénéficie toujours du premier.
Ces comparaisons ne diagnostiquent rien : le diagnostic n’appartient pas à l’école. Elles orientent une décision pédagogique, et c’est tout ce qu’on leur demande.
⚠️ Ce que cela ne veut pas dire
Il serait facile d’en tirer une règle générale. Ce serait reproduire l’erreur qu’on vient de signaler, à l’envers.
Trois limites, à garder en tête :
- Cela concerne un sous-type, la dyspraxie visuo-spatiale ou constructive, pas tous les élèves dyspraxiques.
- Cela concerne un type de tâche, la copie graphique, pas l’ensemble des apprentissages moteurs.
- Cela repose sur une description clinique, pas sur un essai contrôlé. À notre connaissance, aucune étude n’a comparé instruction verbale et démonstration visuelle chez ces enfants ; la recherche internationale explore plutôt l’observation d’action comme aide, non comme obstacle.
Donc : ne supprimez pas les modèles de votre classe. Vérifiez, pour cet élève-là, si le modèle aide ou encombre.
Le modèle devient un support à verbaliser, pas une cible à reproduire
Le plus intéressant est que la même source qui déclare le modèle toxique en copie le remet aussitôt au centre — dans un autre rôle :
« Une technique efficace d’apprentissage consiste à d’abord demander à l’enfant, qui a le modèle dans les mains, de nous expliquer comment faire, et d’exécuter ses ordres. »
Le renversement est complet. L’élève ne reproduit plus : il analyse, décrit, dicte. L’adulte trace. Ce que l’élève construit alors, c’est une procédure verbale — « je pars du point du haut, je descends jusqu’à la ligne, je reviens » — qu’il pourra ensuite se redonner tout seul.
C’est le principe sur lequel s’appuient les ressources d’ergothérapie destinées aux enseignants : un document de praticiens conseille ainsi de « valoriser les points forts de l’enfant, s’appuyer sur ce qui fonctionne bien : le plus souvent, la voix auditivo-verbale ». Décrire un tracé à voix haute, nommer les repères d’une page, énoncer l’ordre des étapes : ces gestes ne coûtent ni matériel ni temps, et ils déplacent la tâche vers le canal solide.
Écrire : le point de friction numéro un
Pourquoi « applique-toi » est une consigne vide
Un élève dyspraxique s’applique déjà. C’est même ce qui l’épuise. La consigne lui demande d’augmenter un effort qui est déjà maximal, et elle lui apprend surtout que cet effort n’est pas vu.
Ce que la consigne devrait viser, ce n’est pas l’intensité, c’est la charge : réduire ce qu’il y a à produire pour libérer ce qu’il y a à penser.
Réduire la quantité d’écrit sans réduire l’exigence
La distinction est capitale, et c’est elle qui rend l’adaptation acceptable par tout le monde : on baisse le volume de production, jamais le niveau d’exigence intellectuelle.
En pratique, et sans matériel :
- Exercices à trous plutôt que recopiage de l’énoncé. L’élève écrit ce qui prouve qu’il a compris, pas le reste.
- Surligner ou entourer au lieu d’écrire quand la tâche est de repérer.
- Photocopier le cours, ou charger un autre élève de le fournir, plutôt que de le faire copier au tableau.
- Dictée à l’adulte ou réponse orale quand ce qu’on évalue est le raisonnement.
- Un exercice par page, police confortable, interlignes larges : ce qui est écrit doit être trouvable.
- Ne pas cumuler copie du sujet et rédaction de la réponse dans le même temps limité.
Aucune de ces mesures ne réclame d’autorisation administrative. Elles relèvent de la conduite ordinaire de la classe.
Ces leviers — le support, la quantité, le temps, le canal de réponse — sont ceux que décrit la page sur les aspects de la différenciation.
L’ordinateur : ce que personne ne dit avant de le prescrire
L’ordinateur est cité dans presque toutes les ressources, et presque toujours en une ligne. Or c’est l’adaptation qui échoue le plus souvent, et pour des raisons qu’on peut anticiper.
Quatre questions à poser avant de l’installer :
- L’élève sait-il taper ? Un clavier utilisé à deux doigts en cherchant les lettres peut consommer autant d’attention que l’écriture manuscrite. L’apprentissage du clavier est un préalable, pas un bonus — il se prévoit dans la durée.
- Qui fournit la machine, qui la transporte, qui la charge ? Un ordinateur qui reste à la maison ne sert pas. Un ordinateur trop lourd pour un cartable non plus.
- Dans quelles matières ne sert-il pas ? La géométrie, les schémas, les cartes, la musique : le clavier n’y répond pas. Prévoir autre chose pour ces moments, sinon l’élève se retrouve sans solution là où il en a le plus besoin.
- Qu’est-ce qui est prévu quand l’ordinateur tombe en panne ? La question paraît triviale ; elle décide de la confiance que l’élève accordera à l’outil.
La réponse n’est pas la même selon le niveau : en primaire, l’enjeu est l’apprentissage du clavier et le transport ; au collège et au lycée, c’est le nombre de matières et la prise de notes en temps réel.
Le problème réel n’est presque jamais « il n’a pas d’ordinateur ». C’est « il l’a, et il ne s’en sert pas ».
Géométrie, opérations, repérage : le point noir
Tracer n’est pas comprendre
La géométrie concentre tout ce qui est difficile : tenir un instrument, viser un point, aligner une règle, maintenir une pression constante. Un élève peut parfaitement savoir ce qu’est une médiatrice et se révéler incapable de la tracer.
D’où une question à trancher explicitement, à chaque exercice : est-ce que j’évalue le raisonnement géométrique, ou la maîtrise de l’instrument ? Les deux sont légitimes. Les confondre ne l’est pas.
Figures pré-tracées, gabarits, papier pointé
Quand ce qu’on évalue est le raisonnement, le tracé peut être fourni :
- Figures pré-tracées à compléter ou à coder, plutôt qu’à construire.
- Papier pointé ou quadrillé pour supprimer une partie du repérage.
- Gabarits pour les formes récurrentes, équerre à poignée, règle antidérapante.
- Logiciel de géométrie dynamique, où la construction se pense sans que la main doive être stable.
- Faire décrire la construction à voix haute, et évaluer cette description : c’est exactement le principe de la verbalisation.
Quand ce qu’on évalue est bien le tracé, l’exigence reste — mais on l’annonce, et on ne l’évalue pas deux fois dans le même devoir.
Poser une opération en colonnes
L’alignement des chiffres est un problème spatial, pas un problème de calcul. Un élève qui connaît ses tables peut échouer parce que sa retenue s’est décalée d’une colonne.
Les contournements sont simples : quadrillage large ou colonnes pré-imprimées, code couleur par rang, opération écrite à l’horizontale, calculatrice quand l’objectif est la démarche et non la technique opératoire, ou calcul mental privilégié.
Et le reste de la journée
Le sujet déborde des matières écrites. L’éducation physique, les arts plastiques, la découpe, l’habillage avant et après le sport, le rangement du cartable, le plateau à la cantine : ce sont souvent les moments les plus exposés, parce qu’ils se déroulent devant les autres et qu’ils ne sont notés nulle part. Anticiper une place, un temps supplémentaire discret ou un binôme y coûte moins cher qu’un incident.
Corriger et noter une copie dyspraxique
Ce qu’on évalue, ce qu’on neutralise
C’est la question que les ressources laissent presque toujours de côté, et c’est pourtant celle qui revient chaque semaine.
Le principe est le même que pour la géométrie : on note ce qu’on avait annoncé évaluer. Si l’objectif était la compréhension d’un texte, la présentation ne se note pas. Si l’objectif était le raisonnement, l’orthographe ne vient pas l’amputer. Si l’objectif était l’orthographe, alors elle se note — mais on aura réduit ce qu’il y avait à écrire.
Ce qui se neutralise
Ce qui se neutralise raisonnablement sur une production écrite : le soin, la tenue de la ligne, la régularité des lettres, les erreurs de recopiage d’un énoncé, la quantité produite dans le temps imparti.
Ce qui ne se neutralise pas
Ce qui ne se neutralise pas : le raisonnement, la connaissance, la structure, l’argumentation. Autrement dit, ce que l’élève est venu apprendre.
L’expliquer aux autres élèves, et aux parents
Une adaptation visible sans explication passe pour un privilège. Une phrase suffit, et elle vaut mieux que le silence : « Chacun ici travaille sur ce qui lui coûte. Pour lui, ce qui coûte, c’est écrire — donc il écrit moins et il pense autant. »
Aux parents, le même cadrage évite deux malentendus symétriques : l’adaptation n’est ni une faveur, ni un renoncement. Elle rétablit une condition d’égalité sur ce qui est réellement évalué.
Entraîner, ou contourner ?
Ce que recommandent les recommandations internationales
La question divise les ressources françaises, souvent au sein d’une même page. Les recommandations internationales de pratique clinique publiées en 2019 sont pourtant claires : elles préconisent des approches orientées activité et participation — entraînement spécifique à la tâche, approche CO-OP — et jugent les données non concluantes pour les interventions d’intégration sensorielle ou d’entraînement de la sensibilité kinesthésique. La Société canadienne de pédiatrie retient la même hiérarchie.
Traduit pour la classe : on ne travaille pas le geste pour lui-même, on travaille la tâche qui compte. C’est pourquoi les recommandations orientent vers la tâche réelle plutôt que vers le geste travaillé isolément.
Ce qui s’aggrave vraiment quand on fait répéter
On lit parfois que la répétition « aggrave les difficultés ». C’est un raccourci. Aucune source ne l’établit ainsi, et il vaut mieux dire les choses exactement, parce que la nuance change la conduite à tenir.
Ce que décrivent les praticiens est plus précis :
« Malgré des répétitions, l’enfant reste en difficulté dans des tâches banales dont la réalisation requiert de l’enfant une attention considérable et entraîne une fatigue croissante. Il va progresser par rapport à lui-même, mais aggraver son retard par rapport aux autres. »
Ce qui s’aggrave, ce n’est donc pas le trouble : c’est l’écart aux autres et la fatigue. Et ce n’est pas une raison pour supprimer toute pratique : elle doit porter sur la tâche fonctionnelle, pas sur le geste isolé.
Quand la classe ne suffit plus
PAP, PPS : lequel, et qui décide
Tout ce qui précède se met en place sans dossier. Quand les adaptations ordinaires ne suffisent plus, deux voies existent, et elles ne se valent pas.
Le plan d’accompagnement personnalisé relève de l’école : la circulaire de 2015 l’ouvre aux élèves « dont les difficultés scolaires résultent d’un trouble des apprentissages », après avis du médecin de l’éducation nationale, et il se révise chaque année. Il ne permet pas, en revanche, ce qui suppose une décision de la commission des droits et de l’autonomie — aide humaine, matériel pédagogique adapté, dispense d’enseignement.
Le projet personnalisé de scolarisation suppose des droits ouverts au titre du handicap, donc un dossier auprès de la maison départementale. C’est par cette voie que passent l’attribution d’un ordinateur et l’accompagnement par une AESH. Un point mérite d’être connu des familles : la circulaire précise que le plan d’accompagnement « ne constitue pas pour les familles un préalable nécessaire à la saisine de la MDPH ». Il n’y a pas d’ordre obligatoire.
| Plan | Ce qu’il permet | Qui décide |
|---|---|---|
| PAP | Des aménagements pédagogiques pour un élève « dont les difficultés scolaires résultent d’un trouble des apprentissages ». Révisé chaque année. Ne permet ni aide humaine, ni matériel pédagogique adapté, ni dispense d’enseignement. | L’école, après avis du médecin de l’éducation nationale. |
| PPS | Suppose des droits ouverts au titre du handicap. C’est par cette voie que passent l’attribution d’un ordinateur et l’accompagnement par une AESH. | La commission des droits et de l’autonomie, sur dossier auprès de la maison départementale. |
Le détail des quatre plans, leurs cumuls et leurs transitions sont traités dans le comparatif PAP, PPS, PPRE, PAI.
⚠️ Aménagements d’examens : l’exception du tiers-temps
Depuis le décret du 4 décembre 2020, un élève disposant d’un plan d’accompagnement personnalisé « au titre d’un trouble du neuro-développement » peut demander des aménagements d’examen « sans solliciter un nouvel avis médical ». C’est une simplification réelle, et peu connue.
Elle comporte cependant une exception, et elle porte précisément sur l’aménagement le plus demandé. Le texte écarte de cette procédure allégée les candidats qui sollicitent « la majoration prévue au 2° de l’article D. 351-27 » — c’est-à-dire le temps supplémentaire, qui « ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu ». Pour le tiers-temps, le passage par le médecin désigné par la commission reste la règle.
Dans tous les cas, disposer d’un plan ne vaut pas aménagement d’examen : la demande est distincte, et elle doit être formulée « au plus tard à la date limite d’inscription à l’examen ou au concours concerné ».
Questions fréquentes
La dyspraxie touche-t-elle l’intelligence ?
Non. Le trouble ne porte pas sur les capacités intellectuelles : c’est l’automatisation et la coordination du geste qui sont en cause, et, dans certaines formes, le repérage visuel et spatial. L’écart entre ce que l’élève sait et ce qu’il parvient à produire est justement ce qui doit alerter.
Dyspraxie et dysgraphie, est-ce la même chose ?
Non, et l’amalgame est fréquent. Un élève dyspraxique présente souvent des difficultés d’écriture, mais toutes les difficultés d’écriture ne relèvent pas d’une dyspraxie : des dysgraphies existent isolément, sans trouble de la coordination associé. Les deux situations n’appellent pas les mêmes adaptations.
Faut-il faire recopier davantage pour que l’élève progresse ?
Non. La répétition du geste isolé produit peu et fatigue beaucoup. Les recommandations internationales orientent vers l’entraînement sur la tâche réelle, pas sur le geste sorti de son contexte.
Un élève dyspraxique a-t-il droit à un ordinateur ?
L’attribution d’un matériel pédagogique adapté suppose une décision de la commission des droits et de l’autonomie, donc un dossier auprès de la maison départementale. Mais avant la question du droit vient celle de l’usage : sans apprentissage du clavier et sans solution pour les matières où il ne sert pas, l’ordinateur reste inutilisé.
Le plan d’accompagnement personnalisé donne-t-il droit au tiers-temps aux examens ?
Il permet, depuis 2020, de demander des aménagements sans nouvel avis médical — sauf justement pour la majoration de temps, qui reste soumise à l’avis du médecin désigné par la commission. Et dans tous les cas, la demande d’aménagement d’examen est distincte du plan, avec ses propres délais.
Dois-je dire « dyspraxie » ou « TDC » ?
Les deux désignent la même situation. « TDC » est le terme des classifications actuelles, « dyspraxie » celui de l’usage courant, encore employé par Éduscol. Si un bilan mentionne un TDC et que l’équipe parle de dyspraxie, il n’y a pas de contresens.
Sources
- Inserm, expertise collective Trouble développemental de la coordination ou dyspraxie, 2019.
- Éduscol / ANFE / DFD, Enfant en difficultés motrices — Et s’il s’agissait d’un trouble développemental de la coordination (dyspraxie) ?, mars 2021.
- Éduscol, réglementation concernant les aménagements d’examens, mise à jour février 2026.
- Société canadienne de pédiatrie, Assessment, diagnosis, and management of developmental coordination disorder, 2021.
- Blank R. et al., recommandations internationales de pratique clinique sur le TDC, Developmental Medicine & Child Neurology, 2019.
- Benois C. & Jover M., Dysfonctionnement visuo-spatial chez l’enfant, Entretiens de Bichat, 2006 — d’après Mazeau M., Déficits visuo-spatiaux et dyspraxies de l’enfant, Masson, 1995.
- Pouhet A. & Mouchard Garelli C., Présentation de la dyspraxie visuo-spatiale — Proposition d’aides, Coridys.
- Circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015 relative au plan d’accompagnement personnalisé.
- Décret n° 2020-1523 du 4 décembre 2020 relatif aux aménagements d’examens.
- CIM-11, code 6A04.
Cette page décrit la dyspraxie du point de vue de la classe. Elle ne remplace ni un bilan, ni l’avis d’un professionnel de santé, ni une décision de l’institution scolaire.