Lecture 23 min

Observer · Adapter · Faire signer

La dyscalculie en classe : ce qu’on voit, ce qu’on change, ce qu’on fait signer

Il compte encore sur ses doigts en CM1, et il s’en cache. Il ne retient pas les tables, alors qu’il travaille. Il pose une division, écrit 340 là où le résultat tourne autour de 4, et passe à la suite sans que rien ne l’arrête. Vous avez un doute depuis la Toussaint, vingt-sept élèves, et une réunion d’équipe dans trois semaines.

Cette page répond à trois questions : ce que vous regardez, et comment distinguer une difficulté ordinaire d’un trouble ; ce que vous changez dès la semaine prochaine ; ce que vous faites signer, et selon quel calendrier. Elle s’adresse d’abord aux enseignants — du primaire comme du secondaire, où le sujet est presque entièrement laissé de côté — et relève des besoins éducatifs particuliers.

Réglettes de couleur, cubes emboîtables et jetons posés sur une table d'élève, vus du dessus
Le matériel de manipulation est un moyen de passage vers le nombre, pas une prothèse permanente.
Par la rédaction de Différenciation — nous nous appuyons sur les textes officiels, les ressources diffusées par les académies et les travaux cités en fin de page. Notre méthode.

En bref

  • « Dyscalculie » n’est le libellé officiel d’aucune classification — mais la CIM-11, le DSM-5 et l’expertise collective de l’Inserm désignent bien la même entité.
  • Les chiffres de prévalence divergent parce que les définitions divergent. La mesure la plus explicite donne 5,7 % sur 2 421 élèves, soit un à deux élèves par classe de 25.
  • Le critère des six mois suppose qu’on a déjà adapté : la première réponse à un doute n’est pas le bilan, c’est l’adaptation — et la trace de ce qu’elle produit.
  • « Dyslexie des chiffres » oriente vers les mauvais gestes : le problème n’est pas de vision, il est de sens du nombre.
  • Le tiers temps se demande, il ne s’obtient pas d’office — en quatrième pour le brevet, en seconde pour le baccalauréat.

Ce que c’est, et ce que ce n’est pas

Le libellé officiel n’est « dyscalculie » nulle part

Le mot est celui que tout le monde emploie, y compris cette page. Il n’est pourtant le libellé d’aucune des trois références qui font autorité.

Trois références majeures, trois libellés — et le mot « dyscalculie » dans aucun d’eux.
RéférenceLibellé officielCe qu’elle dit du mot « dyscalculie »
CIM-11 (Organisation mondiale de la santé, 2025-01)Trouble développemental de l’apprentissage avec difficultés en mathématiques — 6A03.2« developmental dyscalculia » figure à l’index du code
DSM-5, restitué par la Haute Autorité de santé (décembre 2017)Trouble spécifique des apprentissages avec déficit du calcul« appelé communément « dyscalculies » »
Expertise collective de l’Inserm, 2007Trouble spécifique de l’acquisition de l’arithmétique« ou trouble du calcul ou encore dyscalculie »

Les trois désignent la même entité : le bilan qui parle de « dyscalculie développementale » et celui qui reprend le libellé de la CIM-11 décrivent le même élève.

Il n’existe pas de définition universellement admise, et l’Inserm l’écrit

C’est le point qui commande tout le reste, et l’expertise collective de l’Inserm de 2007 est explicite :

Il n’existe même pas de définition ni de critère diagnostique universellement admis de la dyscalculie. Le plus souvent, sont considérés dyscalculiques les enfants obtenant une performance s’éloignant fortement de la moyenne des enfants de leur âge à une batterie d’évaluation standardisée, alors que le niveau intellectuel ne s’écarte pas trop de la normale.

Inserm, expertise collective Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, 2007

Retenez la mécanique : le diagnostic repose sur un écart à une moyenne mesuré par un test standardisé. Un écart suppose un seuil, et un seuil est une décision — d’où les chiffres contradictoires.

Dyscalculie et acalculie ne sont pas la même chose

La dyscalculie décrite ici est développementale : l’enfant n’a jamais construit ces compétences comme ses pairs. La CIM-11 range d’ailleurs « acalculie développementale » parmi les termes d’index de 6A03.2 : sous cette forme, c’est le même trouble. Employé seul, le mot sort de cette catégorie — une atteinte neurologique acquise en est au contraire un critère d’exclusion. Ni les mêmes élèves, ni les mêmes prises en charge.

Ce qui n’est pas une dyscalculie

La Haute Autorité de santé, restituant les critères du DSM-5, pose des exclusions. Ces troubles, écrit-elle :

sont spécifiques, ne pouvant pas être entièrement expliqués par une autre pathologie sensorielle (surdité, vision), neurologique (lésion cérébrales innées ou acquises), intellectuelle ou psychiatrique (troubles du développement de la personnalité, de la sphère émotionnelle et/ou comportementale.), ni par un manque d’apport socioculturel

Haute Autorité de santé, guide parcours de soins TSLA, décembre 2017

L’Inserm ajoute un critère que presque personne ne reprend, et qui concerne l’école directement : « Dans la définition de la dyscalculie, comme dans celles des autres troubles spécifiques des apprentissages, une pédagogie inadaptée vaut critère d’exclusion. » Autrement dit, un élève à qui l’on n’a pas enseigné convenablement — quatre écoles en cinq ans, une année de remplacements — n’est pas un élève dont on peut dire qu’il a une dyscalculie.

« La dyslexie des chiffres » : ce que l’expression a de juste, et ce qu’elle fait croire de faux

L’expression est installée : un grand média parental, un média national canadien, plusieurs sites d’information l’emploient. Elle fait comprendre en trois mots qu’il ne s’agit ni de paresse ni d’un retard passager, mais d’un trouble constitué. Et elle a une part de vérité de fond. Dyslexie et dyscalculie sont bien deux troubles spécifiques des apprentissages : la CIM-11 les range sous le même code parent 6A03, et ils s’associent fréquemment chez un même élève. Écrire qu’ils n’ont « rien à voir » serait faux.

Ce qui est faux, c’est ce que l’expression fait comprendre à un enseignant. Parce qu’elle emprunte son image à la lecture, elle suggère que l’élève « inverse les chiffres » comme il inverserait des lettres — que le problème serait de l’ordre de la vue et de la transcription du signe. Or le déficit décrit par la recherche porte sur le nombre lui-même — la quantité, et l’accès à la quantité depuis le chiffre écrit —, pas sur la forme du signe.

La conséquence justifie cette section. Un enseignant convaincu d’un problème de transcription agrandit la police, aère la feuille, fait relire l’énoncé. Ces gestes ne nuisent à personne — et ne produisent rien sur une dyscalculie, pendant que ce qui aiderait n’est pas mis en place : le sens du nombre, la mémoire de travail, l’accès aux faits numériques. Sur le trouble de la lecture, voir la dyslexie en classe.

Ce qu’on voit en classe, et comment savoir si c’est autre chose

Les signes, par cycle

Cycle 2. L’élève compte un par un ce que les autres reconnaissent d’un coup d’œil. Il repart de 1 pour ajouter 3 à 8. Il ne sait pas dire lequel est le plus grand entre deux nombres écrits, alors qu’il y arrive avec deux tas d’objets.

Cycle 3. Les tables ne s’installent pas malgré un travail régulier. Le calcul mental est lent et visiblement coûteux. Les décimaux s’ajoutent comme deux entiers séparés par une virgule. Un résultat aberrant ne déclenche aucune alerte. Les problèmes échouent alors que la lecture de l’énoncé est correcte.

Cycle 4 et lycée. Fractions et proportionnalité résistent, les conversions restent une épreuve. L’élève évite le tableau, rend des copies vides alors qu’il participe en cours. En physique-chimie et en technologie, la difficulté réapparaît.

Les deux critères qui séparent la difficulté ordinaire du trouble

Premier critère : la persistance, mais pas n’importe laquelle. La Haute Autorité de santé restitue ainsi le DSM-5 : ces troubles

sont durables, persistant depuis au moins 6 mois en dépit d’une prise en charge individualisée et d’une adaptation pédagogique ciblée ; ils persisteront tout au long de la vie

Haute Autorité de santé, guide parcours de soins TSLA, décembre 2017

Lisez la seconde moitié de la phrase, presque toujours amputée quand on la cite : le critère ne dit pas six mois de difficultés, il dit six mois malgré une aide individualisée et une adaptation ciblée. Il suppose donc qu’on a déjà adapté — la première réponse à un doute n’est pas le bilan, c’est d’adapter et de noter ce que l’adaptation produit.

Second critère : la nature des erreurs. On imagine volontiers qu’un trouble se signale par des erreurs étranges. C’est l’inverse. Un support de conférence présenté en mars 2024 devant l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public, par une chercheuse de la Haute école pédagogique de Vaud, insiste sur ce point : ces difficultés sont pour l’essentiel non spécifiques, celles que tous les élèves rencontrent sur la quantité, le nombre entier, le décimal, les fractions. Ce n’est pas l’étrangeté de l’erreur qui alerte, c’est qu’elle ne cède pas.

À partir de quel âge

Un document diffusé par l’académie de Lyon avance un repère rare : on ne pose pas le diagnostic avant 8 ans, ce qui suppose un retard d’apprentissage en mathématiques de plus de dix-huit mois. Un repère de terrain, pas une norme opposable — mais il calme une inquiétude fréquente en CP, où l’écart entre deux élèves d’une même classe est encore la règle.

Gymnase scolaire vide aménagé en salle d'examen, tables individuelles espacées en rangées
Les aménagements d’examen se demandent en quatrième pour le brevet, en seconde pour le baccalauréat.

Combien d’élèves ? Pourquoi les chiffres ne concordent pas

Vous avez lu 3 %, 5 %, 6 %, parfois 14 %. Le désaccord est définitionnel : le taux ne mesure pas le trouble, il mesure le seuil choisi pour le définir.

Une étude britannique publiée en 2013 le démontre : ses auteurs évaluent 1 004 élèves de primaire, puis calculent la prévalence dans ce seul échantillon en appliquant successivement les critères en usage. Résultat, de 1 % à 6 % — mêmes enfants, mêmes tests. Son tableau de synthèse donne un cas plus net : une étude américaine portant sur 5 718 enfants aboutit à 5,9 %, 9,8 % et 13,8 % selon trois définitions. Trois manières de tracer la ligne, pas trois populations — et c’est là qu’il faut chercher l’origine du « 14 % » qui circule : 13,8 % arrondi, extrait de son critère.

Trois mesures de prévalence, et le critère qui explique l’écart entre elles.
ÉtudeEffectifPrévalenceCritère
Barbaresi et al., 2005 (États-Unis), cité par Devine et al. 20135 7185,9 / 9,8 / 13,8 %régression / écart / < 25e centile + contrôle
Devine et al., 2013 (Royaume-Uni)1 004de 1 à 6 %selon le seuil appliqué
Morsanyi et al., 2018 (Royaume-Uni)2 421 élèves5,7 %critères du DSM-5, après exclusions

Si vous ne devez en retenir qu’un, retenez le dernier, dont le critère est le plus explicite : 6 % des 2 421 élèves présentaient des difficultés persistantes et sévères, 5,7 % après application des critères d’exclusion.

Côté français, il faut dire ce qu’on ne sait pas. L’expertise de l’Inserm écrivait en 2007 : « Il n’existe à notre connaissance pas d’étude épidémiologique de la dyscalculie en France. » Aucune donnée française postérieure n’a été trouvée pour cette page — ce qui n’est pas la même chose que d’affirmer qu’il n’en existe aucune. Elle corrige au passage une idée reçue : « À la différence de ce qui semble s’observer pour la dyslexie, la dyscalculie affecte de façon équivalente les garçons et les filles. »

Ce que ça donne dans votre classe. À 5,7 %, une classe de 25 en compte un à deux.

Ce qui se passe dans la tête de l’élève — et pourquoi ça vous concerne

L’hypothèse du sens du nombre

L’explication la plus répandue tient en une idée : l’élève n’aurait pas construit l’intuition immédiate des quantités sur laquelle repose l’enseignement des mathématiques. Un article français signé notamment par A. Wilson et S. Dehaene, de l’unité Inserm de neuro-imagerie cognitive, la formule ainsi : la dyscalculie n’est pas un désamour pour les mathématiques mais

une réelle incapacité à comprendre ce que les nombres représentent et comment on peut les manipuler

A. Wilson et S. Dehaene, La dyscalculie développementale

Et plus loin : « Il manque au dyscalculique cette « intuition » du nombre sur laquelle se fonde l’enseignement des mathématiques. »

Le débat n’est pas tranché, et ça change quelque chose

Cette hypothèse est séduisante, célèbre, et pas établie — c’est l’Inserm qui le dit, à propos de ces structures cérébrales conférant un « sens » des nombres : « Cette hypothèse séduisante demande cependant à être étayée empiriquement. »

Une hypothèse concurrente existe : une étude belge de 2007 a comparé 45 enfants présentant des troubles des apprentissages en mathématiques à 45 camarades sans difficulté : ils n’étaient en échec que pour comparer des chiffres arabes, pas des collections d’objets. La difficulté porterait donc sur l’accès à la quantité à partir du symbole. Une méta-analyse de 2017 réunissant 19 études et 1 630 enfants de 6 à 14 ans va dans ce sens sans clore la discussion : le ralentissement est plus marqué sur les tâches symboliques (g = 0,75) que non symboliques (g = 0,24), mais l’effet non symbolique reste significatif.

Pourquoi vous dire cela, alors que ça ne donne pas de recette ? Parce que les deux hypothèses n’appellent pas les mêmes gestes. Si le déficit porte sur la quantité, on travaille la quantité — estimer, comparer, ordonner, avant tout symbole. S’il porte sur l’accès au symbole, on travaille le lien entre le chiffre écrit et la quantité. Un enseignant qui sait que le débat existe fait les deux, et n’attend pas d’une méthode qu’elle règle la question.

Ce que vous changez lundi matin

L’échelle des réponses, du plus léger au plus lourd

La plupart des ressources empilent trente ou quarante adaptations sans dire laquelle choisir. La question utile n’est pas qu’est-ce que je peux faire ? mais quel est le geste le plus léger qui suffit ?. Une grille à quatre niveaux, issue de la didactique des mathématiques, permet de trancher.

Quatre niveaux de réponse : ce qui bouge, pour qui, et à quoi cela ressemble en mathématiques.
NiveauCe qui bougePour quiExemple en maths
1. L’aide pour tousNi la tâche ni les objectifs : on ajoute autour de quoi comprendreLa classeTable affichée, énoncé reformulé, brouillon autorisé
2. L’aide de groupeLa tâche change un peu, les objectifs restent intactsUn petit groupeMoins d’items, nombres plus simples, une consigne à la fois
3. L’aménagement individuelCertaines sous-tâches changent, en lien avec les objectifsUn élèveCalculatrice sur la partie calcul d’un problème
4. La compensationLes objectifs eux-mêmes changent, en gardant un lien avec la classeUn élèveSur les conversions, viser le sens de la grandeur plutôt que la technique

La règle d’usage est la partie importante : privilégier le niveau le plus bas qui suffit. Une aide de niveau 1 profite à toute la classe ; une compensation de niveau 4 sort l’élève du programme commun — parfois nécessaire, jamais neutre. Chaque montée d’un cran se justifie par ce que le cran précédent n’a pas produit. C’est la logique de la différenciation pédagogique, qui porte sur tous les aspects du travail scolaire — contenus, procédés, productions, structures.

Ce qui aide vraiment, et le mécanisme visé

Huit gestes, chacun avec le mécanisme qu’il vise. Ce ne sont pas des faveurs, mais des façons de ne pas mesurer autre chose que ce qu’on veut mesurer.

  1. Donner accès à la table plutôt qu’exiger sa mémorisation : le fait numérique n’est pas disponible, et l’afficher libère la mémoire de travail pour le raisonnement.
  2. Séparer l’obstacle de calcul de l’obstacle de raisonnement : faire expliciter la démarche, calculer ensuite. Beaucoup échouent au problème parce qu’ils s’épuisent au calcul.
  3. Autoriser la calculatrice quand ce n’est pas le calcul qui est évalué — sur une leçon de proportionnalité, ce qu’on note est le raisonnement.
  4. Verbaliser les quantités : dire on partage 340 en 4 parts, chaque part fera autour de 80 construit le contrôle du résultat, qui manque justement.
  5. Installer un réflexe d’ordre de grandeur : estimer avant, vérifier la plausibilité après.
  6. Alléger la double tâche d’écriture : grille de numération pré-imprimée, énoncé fourni.
  7. Donner le temps plutôt que réduire l’exigence : sur beaucoup de tâches, l’élève sait faire, mais lentement.
  8. Rendre les progrès visibles autrement que par la note : celui qui progresse et récolte encore 6/20 conclut qu’il ne sert à rien de travailler.

Le matériel de manipulation : moyen de passage, pas prothèse

Le matériel et les représentations figurées aident réellement à construire la quantité. Mais l’avertissement inverse est fondé : un élève installé durablement sur un objet unique — une réglette, un abaque — finit par manipuler cet objet et non le nombre, et se retrouve démuni dès qu’on le lui retire. D’où la position à tenir : varier les supports dès le début, et planifier la sortie du matériel dès qu’on l’introduit.

Évaluer et noter un élève dyscalculique

Distinguez dans votre barème le raisonnement, le calcul et l’écriture du nombre — un code à transposer, pas une affaire de vue : une copie où la démarche est juste et le nombre mal écrit ne mesure pas ce que vous croyez. Comptez la même erreur une fois et non trois, et gardez une trace des adaptations — elle servira au dossier. Voir notre page sur l’évaluation différenciée.

Ce qui ne marche pas

  • Le calcul mental chronométré en rituel quotidien : il évalue chaque matin, devant témoins, la vitesse d’accès aux faits numériques précisément déficitaire.
  • La répétition des tables sans support : répéter davantage ce qui ne s’installe pas ne l’installe pas mieux.
  • L’agrandissement de police comme réponse principale : il ne nuit pas, et ne produit rien.
  • Empiler les adaptations. La circulaire du 22 janvier 2015 : « Plutôt que de cocher un trop grand nombre d’items, il est préférable de mettre en évidence les aménagements et les adaptations pédagogiques indispensables. »

Le raisonnement vaut au-delà de la dyscalculie : voir ce qui ne marche pas en différenciation.

Au collège et au lycée

Presque tout ce qui existe sur la dyscalculie s’arrête au CM2, et la recherche elle-même est concentrée là : le recensement présenté en 2024 devant cette même association comptait, sur 35 articles, 24 portant sur le primaire et un seul sur le lycée.

Ce qui change après le CM2. Le contenu se durcit : fractions, relatifs, proportionnalité, fonctions — autant de domaines qui supposent acquis un sens du nombre resté fragile. Les mathématiques quittent le cours de mathématiques : physique-chimie, technologie, géographie mobilisent calcul et grandeurs, souvent sans que l’aménagement suive. Et l’on cesse de manipuler au moment où les objets deviennent abstraits — une droite graduée au tableau en cinquième n’est pas une régression.

L’élève qui a « décroché en maths ». En quatrième, la difficulté prend l’allure d’un refus : il ne sort plus son cahier, rend des copies vides, se déclare nul en maths avant qu’on lui demande quoi que ce soit. L’évitement protège d’un échec attendu. Deux conséquences : une évaluation à froid mesure surtout l’évitement, et il faut rétablir des situations de réussite avant d’espérer travailler — une description de ce qu’on observe, pas un mécanisme établi.

Le professeur de maths n’est pas seul. Un aménagement qui ne vit qu’en cours de mathématiques ne tient pas l’année, et la circulaire qui organise le plan d’accompagnement personnalisé en confie la coordination au professeur principal. Deux gestes : faire circuler les adaptations utiles auprès de toutes les disciplines qui calculent, et faire figurer noir sur blanc l’usage de la calculatrice en évaluation.

Le dossier : PAP, PPS et aménagements d’examen

Le plan d’accompagnement personnalisé, et pourquoi c’est lui

Son fondement est l’article D311-13 du code de l’éducation :

Les élèves dont les difficultés scolaires résultent d’un trouble des apprentissages peuvent bénéficier d’un plan d’accompagnement personnalisé prévu à l’article L. 311-7, après avis du médecin de l’éducation nationale. Il se substitue à un éventuel programme personnalisé de réussite éducative. Le plan d’accompagnement personnalisé définit les mesures pédagogiques qui permettent à l’élève de suivre les enseignements prévus au programme correspondant au cycle dans lequel il est scolarisé. Il est révisé tous les ans.

Code de l’éducation, article D311-13

Quatre points : un trouble des apprentissages, l’avis du médecin de l’Éducation nationale, un programme personnalisé de réussite éducative remplacé et non complété, une révision annuelle. Pas de maison départementale.

Précision utile quand on cherche le formulaire : beaucoup de ressources renvoient à un arrêté de janvier 2015 qui n’existe pas. Le modèle national est annexé à une circulaire — la circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015, NOR MENE1501296C, à laquelle Éduscol renvoie toujours.

Plan d’accompagnement ou projet personnalisé de scolarisation ?

La circulaire de 2015 donne le critère de partage, et il ne porte pas sur la gravité mais sur la nature du besoin : le plan d’accompagnement personnalisé

n’est pas une réponse aux besoins des élèves qui nécessitent une décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées notamment pour une aide humaine, l’attribution d’un matériel pédagogique adapté, une dispense d’enseignement ou un maintien en maternelle

Circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015, Le plan d’accompagnement personnalisé

Dès qu’il faut une aide humaine, un matériel financé, une dispense ou un maintien, on relève du projet personnalisé de scolarisation et d’une notification de la maison départementale ; sinon, du plan d’accompagnement — les quatre dispositifs sont comparés dans PAP, PPS, PPRE ou PAI : lequel choisir.

Les aménagements d’examen sans passer par la maison départementale

C’est le point le plus utile de la page, fondé au texte près. L’article D311-13-1 dispose :

Sans préjudice des dispositions de l’article D. 351-28, les candidats aux examens ou concours de l’enseignement scolaire qui disposent d’un plan d’accompagnement personnalisé au titre d’un trouble du neuro-développement peuvent bénéficier d’aménagements et adaptations dans les mêmes conditions que celles définies à l’article D. 351-27 et suivants. Ces aménagements et adaptations sont en cohérence avec les mesures pédagogiques mises en œuvre dans le cadre du plan d’accompagnement personnalisé.

Code de l’éducation, article D311-13-1

⚠️ Les deux libellés ne sont pas les mêmes. Le plan d’accompagnement personnalisé s’obtient au titre d’un trouble des apprentissages (D311-13). Ce sont les aménagements d’examen que D311-13-1 ouvre aux candidats disposant d’un plan « au titre d’un trouble du neuro-développement ». Deux articles, deux libellés, à ne pas intervertir.

L’article D351-28-1 complète le dispositif : ces candidats adressent leur demande directement à l’autorité administrative qui organise l’examen, « sans solliciter un nouvel avis médical ». La circulaire du 8 décembre 2020 décrit la marche à suivre :

La procédure simplifiée est proposée aux candidats bénéficiant d’adaptations et d’aménagements pédagogiques de leur scolarité dans le cadre d’un PAP au titre d’un trouble du neuro développement, d’un PAI ou d’un PPS pour lesquels un avis a été rendu, au cours du cycle 4 ou en classe de seconde pour le cycle terminal, par un médecin de l’éducation nationale désigné par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH).

Circulaire du 8 décembre 2020, Adaptations et aménagements des épreuves d’examens et concours

🔴 Deux limites, et sans elles cette section induirait en erreur.

« Simplifiée » ne veut pas dire « sans médecin ». Elle suppose qu’un avis ait bien été rendu, au cours du cycle 4 ou en seconde, par un médecin de l’Éducation nationale désigné par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées. Ce qui est évité, c’est un nouveau dossier et un nouvel avis médical au moment de l’examen.

La procédure complète redevient obligatoire dans deux cas : une majoration au-delà du tiers du temps, ou des aménagements non cohérents avec le plan.

D’où la conséquence : le tiers temps n’est pas automatique. Aucun élève ne l’obtient du fait d’un diagnostic. Il y a une demande à déposer, un formulaire à faire signer, une appréciation de l’équipe pédagogique, puis une décision de l’autorité administrative — qui accorde, ajuste ou refuse. L’article D351-27 fixe la majoration à un tiers au maximum, sauf situation exceptionnelle motivée par le médecin, et permet bien autre chose que du temps : aides techniques et humaines, conservation des notes durant cinq ans, étalement des épreuves, dispenses. Pour une dyscalculie, l’autorisation d’un outil de calcul est souvent plus décisive.

Le calendrier — la première cause de dossiers déposés trop tard

La circulaire du 8 décembre 2020 place la demande l’année qui précède l’inscription : « en classe de quatrième pour les candidats au diplôme national du brevet (DNB) ou au certificat de formation générale (CFG) pour la fin du deuxième trimestre de l’année scolaire en cours ; en classe de seconde pour les candidats aux baccalauréats général, technologique ou professionnel (BAC GT, BAC PRO) pour la fin du deuxième trimestre de l’année scolaire en cours ». En troisième, la demande reste recevable jusqu’à la date limite d’inscription, mais le délai d’instruction se resserre.

Le repère à retenir

La demande se prépare un an avant l’examen — pas l’année de l’examen

Brevet · certificat de formation générale

En quatrième

Avant la fin du deuxième trimestre

Baccalauréats général, technologique, professionnel

En seconde

Avant la fin du deuxième trimestre

Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cette page, c’est cette ligne-là : la demande d’aménagements se dépose l’année qui précède l’inscription à l’examen. Passé ce cap, la demande reste recevable jusqu’à la date limite d’inscription, mais le délai d’instruction se resserre.

Le calendrier de dépôt selon l’examen visé.
Examen viséClasse où la demande se prépareÉchéance
Diplôme national du brevet, certificat de formation généraleQuatrièmefin du deuxième trimestre
Baccalauréats général, technologique, professionnelSecondefin du deuxième trimestre

Quelle circulaire s’applique

Le corps de la procédure est celui de la circulaire du 8 décembre 2020, qui a abrogé et remplacé les circulaires n° 2011-220 du 27 décembre 2011 et n° 2015-127 du 3 août 2015 — ces deux-là ne doivent plus être citées. Les circulaires du 14 mars 2022 puis du 17 juillet 2025 ne remplacent que les annexes, c’est-à-dire les formulaires, celles de 2025 s’appliquant à partir de la session 2026 ; le texte de 2020 n’a pas été remplacé. Quant aux articles, la section consacrée à l’aménagement des examens va de D351-27 à D351-31 : l’article qui suivait a été abrogé le 1er septembre 2015, et les renvois qui l’incluent encore recopient un texte resté en l’état.

Qui pose le diagnostic, et ce que vous préparez

Vous n’êtes pas diagnostiqueur : votre rôle tient en trois verbes — repérer, documenter, transmettre. Le chemin habituel : l’enseignant observe et adapte, puis alerte la famille ; l’équipe éducative se réunit ; le médecin de l’Éducation nationale est saisi, puisque c’est son avis qui conditionne le plan d’accompagnement personnalisé ; un bilan est engagé.

Deux erreurs à éviter : attendre le bilan pour adapter — le critère de durée exige l’inverse ; et annoncer un trouble à une famille. On décrit ce qu’on observe, on dit qu’on ne sait pas, on propose de faire regarder.

Le bilan logico-mathématique est le nom que porte le plus souvent l’évaluation des compétences numériques, conduite par un orthophoniste ou un neuropsychologue à l’aide d’épreuves standardisées comparant l’élève à sa classe d’âge : dénombrement, comparaison de quantités, transcodage, faits numériques, problèmes.

Ce que vous pouvez préparer. Trois copies datées montrant la même erreur à des mois d’intervalle, une note de ce que vous avez mis en place et de ce que cela a produit, et une phrase sur ce que l’élève réussit.

Dyscalculie : observer d’abord, adapter ensuite

La grille d’observation et l’échelle d’adaptation, en une page

Les signes par cycle, les deux critères qui séparent la difficulté du trouble, l’échelle des quatre niveaux de réponse, et le calendrier des aménagements d’examen — à imprimer et à emporter en réunion d’équipe.

Télécharger la fiche A4

Quand la dyscalculie n’est pas seule

Le cas isolé est l’exception. L’expertise de l’Inserm relevait que, dans plus d’un cas sur deux, les difficultés en calcul s’accompagnent de difficultés en lecture ; l’étude britannique de 2018 notait qu’environ la moitié des enfants au profil identifié présentaient une difficulté de langage ou de communication.

Des typologies en sous-types circulent. Aucune ne fait consensus, et l’Inserm est direct :

Bien que plusieurs classifications aient été proposées, elles diffèrent parfois largement les unes des autres. Rarement fondées sur l’analyse approfondie de larges échantillons, leur pertinence est douteuse et leur nombre plaide d’ailleurs contre leur validité.

Inserm, expertise collective Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, 2007

Cette page n’en adopte donc aucune.

Ce que le cumul change en classe — quel trouble aménager en premier, comment éviter que les adaptations se contredisent — est traité dans notre page sur les élèves qui cumulent plusieurs troubles dys.

À retenir

  • « Dyscalculie » n’est le libellé officiel d’aucune classification, mais les trois références majeures désignent la même chose.
  • Les chiffres de prévalence divergent parce que les définitions divergent : 5,7 % sur 2 421 élèves avec les critères du DSM-5 appliqués, soit un à deux élèves par classe de 25.
  • Le critère des six mois suppose qu’on a déjà adapté : adaptez avant d’orienter.
  • « Dyslexie des chiffres » oriente vers les mauvais gestes : le problème n’est pas de vision, il est de sens du nombre, et l’adaptation la plus légère qui suffit vaut mieux qu’un empilement.
  • La dyscalculie relève du plan d’accompagnement personnalisé ; le projet personnalisé de scolarisation s’impose dès qu’une aide humaine, un matériel financé, une dispense ou un maintien sont nécessaires.
  • Le tiers temps se demande, il ne s’obtient pas d’office — en quatrième pour le brevet, en seconde pour le baccalauréat.
  • La grille d’observation et l’échelle d’adaptation tiennent en une page A4, avec les autres ressources à télécharger.

Questions fréquentes

Quel spécialiste consulter pour une dyscalculie ?

Quand la question naît à l’école, le premier interlocuteur est le médecin de l’Éducation nationale : c’est son avis qui conditionne le plan d’accompagnement personnalisé, et la circulaire de 2015 prévoit que le constat des troubles soit fait par lui ou par le médecin qui suit l’enfant. Le bilan des compétences numériques — souvent appelé bilan logico-mathématique — est conduit par un orthophoniste ou un neuropsychologue, d’autres bilans venant compléter les exclusions. L’ordre reste le même : observer, passer par le médecin scolaire, puis engager le bilan.

La dyscalculie est-elle reconnue par l’Éducation nationale ?

Oui, et le droit est explicite : trouble des apprentissages au sens de D311-13, ce qui ouvre le plan d’accompagnement personnalisé ; et c’est à un plan accordé au titre d’un trouble du neuro-développement que D311-13-1 ouvre les aménagements d’examen.

Ce qui manque est autre chose : la ressource pédagogique. L’Éducation nationale n’a publié aucune ressource dédiée à la dyscalculie. Sa page consacrée à l’accessibilité en mathématiques au collège et au lycée comporte des rubriques dyspraxie et dyslexie — mais pas de rubrique dyscalculie, et le mot n’y figure pas. Absence de documentation ne vaut pas absence de reconnaissance.

Un élève dyscalculique a-t-il droit à un tiers temps au brevet ?

Il a droit à ce qu’une demande soit examinée — c’est la bonne façon de le dire à une famille. Le tiers temps n’est pas attaché au diagnostic : il est accordé, ajusté ou refusé par l’autorité administrative.

Si l’élève dispose déjà d’un plan d’accompagnement personnalisé pour lequel un avis a été rendu au cours du cycle 4 par un médecin de l’Éducation nationale désigné par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées, la procédure est simplifiée : la demande part directement à l’autorité administrative, sans nouvel avis médical, et se prépare en quatrième. Deux situations la font repasser en procédure complète : une majoration supérieure au tiers temps, ou des aménagements sans cohérence avec le plan. Pensez enfin à ce qui n’est pas du temps : outils de calcul, sujet adapté.

La dyscalculie disparaît-elle avec l’âge ?

Les sources invitent à la prudence dans les deux sens. La Haute Autorité de santé, restituant le DSM-5, écrit que ces troubles « persisteront tout au long de la vie » ; mais elle précise aussi que « les critères diagnostiques des troubles dans le DSM-5 ne préjugent pas de leur évolution dans le temps (évolution variable d’un enfant à l’autre, dans le sens de la stabilité, l’aggravation ou l’amélioration) ».

L’expertise de l’Inserm ajoute une nuance utile à l’école : les études longitudinales décrivent un trouble persistant, mais les formes les plus isolées apparaissent les plus instables, surtout à l’entrée du primaire, au point que certains auteurs y voient un retard de développement plutôt qu’une différence durable. Elle note aussi qu’à l’exception des faits numériques, ces enfants rejoignent leurs pairs sur les activités les plus simples — et l’accès aux faits numériques est précisément ce qu’un aménagement compense sans difficulté.

Sources

  1. Haute Autorité de santé, Comment améliorer le parcours de santé d’un enfant avec troubles spécifiques du langage et des apprentissages ?, guide parcours de soins, décembre 2017.
  2. Organisation mondiale de la santé, CIM-11 (ICD-11 for Mortality and Morbidity Statistics), code 6A03.2 Developmental learning disorder with impairment in mathematics, version 2025-01.
  3. Inserm, expertise collective Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : bilan des données scientifiques, 2007.
  4. Devine A., Soltész F., Nobes A., Goswami U., Szűcs D., « Gender differences in developmental dyscalculia depend on diagnostic criteria », Learning and Instruction, 2013;27:31–39.
  5. Morsanyi K. et al., « The prevalence of specific learning disorder in mathematics and comorbidity with other developmental disorders in primary school-age children », British Journal of Psychology, 2018;109(4):917-940.
  6. Rousselle L., Noël M.-P., « Basic numerical skills in children with mathematics learning disabilities: a comparison of symbolic vs non-symbolic number magnitude processing », Cognition, 2007;102(3):361-95.
  7. Schwenk C. et al., « (Non-)symbolic magnitude processing in children with mathematical difficulties: A meta-analysis », Research in Developmental Disabilities, 2017;64:152-167.
  8. A. Wilson, S. Dehaene, « La dyscalculie développementale, un trouble primaire de la perception des nombres », unité Inserm de neuro-imagerie cognitive.
  9. Code de l’éducation, articles D311-13 et D311-13-1 (plan d’accompagnement personnalisé et aménagements d’examen).
  10. Code de l’éducation, articles D351-27 à D351-31 (aménagement des examens et concours).
  11. Circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015, Le plan d’accompagnement personnalisé, NOR MENE1501296C.
  12. Circulaire du 8 décembre 2020, Adaptations et aménagements des épreuves d’examens et concours pour les candidats en situation de handicap.
  13. Circulaire du 17 juillet 2025 (remplacement des annexes, à compter de la session 2026) et circulaire du 14 mars 2022.
  14. Éduscol, Réglementation concernant les aménagements d’examens pour les élèves en situation de handicap et Accessibilité et handicap en mathématiques au collège et lycée.
Retour en haut