Lecture 15 min

Repérer · Alléger · Formaliser

La dysgraphie en classe : quand écrire coûte trop cher pour qu’il reste de la place au reste

Un cahier raturé, des lettres qui montent et descendent sans logique, une leçon copiée à moitié parce que la cloche a sonné. En classe, cet élève-là passe souvent pour négligent. Il l’est rarement. Il travaille même beaucoup plus que les autres — seulement, l’essentiel de cet effort part dans le tracé, et il n’en reste plus pour le reste.

La dysgraphie ne se règle pas en demandant de mieux s’appliquer. Elle se règle en rendant l’écriture moins coûteuse, et en formalisant ce qui doit l’être. Vous trouverez ici ce que les enseignants rapportent, ce que le mot recouvre exactement, douze gestes applicables sans dispositif ni autorisation, et le cadre scolaire français — plan d’accompagnement, ordinateur, aménagements d’examens — avec les textes qui le fondent. Une fiche d’une page reprend l’essentiel.

Télécharger la fiche « La dysgraphie en classe — reconnaître, alléger, formaliser » (PDF)

Cahiers empilés et cahier ouvert sur un bureau d'enseignant, dans une salle de classe vide
Par la rédaction de Différenciation — nous nous appuyons sur les textes officiels, les ressources diffusées par les académies et les travaux de recherche cités en fin de page. Qui nous sommes.

Lundi matin — trois gestes, applicables demain, sans rien demander à personne

Si vous ne lisez qu’un bloc de cette page, lisez celui-ci.

  1. Réduire ce qu’il y a à copier. Donner la trace écrite plutôt que la faire recopier. Le cours n’a pas besoin d’être écrit à la main pour être appris.
  2. Ne pas noter deux fois le même obstacle. Évaluer ce que l’exercice vise. Si la compétence visée n’est pas l’écriture, la présentation ne se compte pas.
  3. Choisir entre le temps et la quantité. Allonger le temps, ou réduire la tâche — l’essentiel est que l’un des deux bouge vraiment, plutôt que les deux d’un cheveu.

Ce qu’on voit en classe, et ce que ce n’est pas

Les signes ne sont pas spectaculaires, et c’est pour cela qu’on les attribue au caractère plutôt qu’à un trouble. Ce qui revient le plus souvent :

  • une écriture lente, ou illisible, ou les deux — parfois lisible mais au prix d’une lenteur extrême ;
  • des cahiers inachevés : l’élève n’a jamais fini quand la classe passe à autre chose ;
  • une crispation visible, une main qui fait mal, une fatigue disproportionnée pour la tâche ;
  • un écart franc entre l’oral et l’écrit : l’élève raconte, explique, argumente — et rend trois lignes ;
  • un refus d’écrire qui s’installe, souvent lu comme de l’opposition ;
  • des résultats qui chutent quand les évaluations passent à l’écrit long, alors que les compétences, elles, n’ont pas bougé.

« L’écriture manuelle est soit trop lente, soit illisible, soit fatigante, demandant dans tous les cas un effort cognitif majeur. »

Fiche « Dysgraphies », Tous à l’école, INSEI (ex-INSHEA)

Ce que ce n’est pas

Ce n’est pas de la négligence. L’élève qui rature n’a pas moins envie de bien faire ; il a souvent déjà recommencé deux fois.

Ce n’est pas un manque d’intelligence. La même fiche institutionnelle décrit la dysgraphie comme étant « le plus souvent […] isolée, sans déficit ni neurologique ni intellectuel, en l’absence de troubles psychologiques […] ». Elle précise aussi qu’elle « peut parfois être secondaire à une pathologie neurologique […] ».

Ce n’est pas un simple retard qui se rattraperait avec de l’application. C’est même le contre-sens le plus coûteux : demander plus de lignes à un élève pour qui chaque ligne coûte cher revient à lui faire payer plus cher un obstacle qu’il ne contrôle pas.

Et ce n’est pas non plus un diagnostic que l’enseignant pose. Repérer, décrire précisément ce qu’on observe, alerter : oui. Nommer le trouble : non. La suite appartient au médecin et aux professionnels du bilan. La fiche institutionnelle rappelle d’ailleurs une règle qui vaut pour toute l’équipe : selon le Conseil de l’ordre des médecins, « l’information sur la nature de la maladie dont souffre l’enfant reste à la seule discrétion des parents et de l’enfant » — l’école n’a donc ni à réclamer le diagnostic, ni à le formuler.

Pourquoi une écriture coûteuse abîme tout le reste

Un mécanisme explique presque tout, et il est rarement nommé : la double tâche.

Écrire à la main mobilise deux choses en même temps — le geste, et ce qu’on veut dire. Chez un élève tout-venant, le geste finit par s’automatiser au fil des premières années d’école : il ne demande plus d’attention consciente, et toute la ressource disponible part dans le contenu. Chez l’élève dysgraphique, il ne l’est pas. Le tracé continue de réclamer du contrôle, à chaque lettre.

Or l’attention n’est pas extensible. Ce qui part dans le geste ne va pas ailleurs. La fiche institutionnelle le décrit sans détour :

« Son attention est focalisée sur l’écriture, aux dépens des activités d’apprentissages (comprendre, mémoriser, déduire, faire des liens,…) qui sont pourtant l’essentiel des objectifs scolaires (situations de « double-tâche »). Le vrai problème n’est pas que l’enfant écrive mal mais c’est que son écriture n’est pas automatisée et nécessite un effort attentionnel massif. »

Fiche « Dysgraphies », Tous à l’école, INSEI (ex-INSHEA)

Plusieurs observations de classe se lisent alors autrement :

  • l’orthographe s’effondre en rédaction alors qu’elle tient en dictée — parce qu’en dictée, l’élève n’a pas à produire le contenu en même temps ;
  • la leçon copiée n’est pas apprise : elle a été tracée, pas lue ;
  • les idées se raccourcissent, parce qu’il faut tenir une phrase en mémoire pendant qu’on la trace lentement ;
  • la relecture n’a pas lieu, faute de ressource restante.

Une méta-analyse de Santangelo et Graham, publiée en 2016 dans Educational Psychology Review, associe l’enseignement explicite du geste à des gains sur la qualité des textes produits, leur longueur et la fluidité de l’écriture. Deux précisions, qui comptent : ces travaux portent sur l’enseignement explicite du geste, pas sur la répétition d’exercices de copie, et sur des élèves tout-venant, pas spécifiquement sur des élèves dysgraphiques. Ils disent qu’apprendre à écrire s’enseigne ; ils ne disent pas qu’un élève dont le geste ne s’automatise pas y arrivera en écrivant davantage.

Le levier n’est donc pas de le faire écrire plus, mais de lui faire payer l’écriture moins cher. C’est de là que découlent les douze gestes plus bas — et le reste de la page.

Dysgraphie : ce que le mot recouvre vraiment

En France, on appelle dysgraphie un trouble durable du geste d’écriture, qui affecte la qualité, la lisibilité et la fluidité du tracé, sans qu’un déficit intellectuel ou une pathologie neurologique l’explique. La fiche institutionnelle la définit comme « un trouble qui affecte l’écriture et son tracé (du grec dus– difficulté et graphein– écriture) ».

Le point que presque personne ne dit

Le DSM-5 ne connaît pas de catégorie « dysgraphie » : il range les difficultés d’écriture dans un trouble spécifique des apprentissages, avec un spécificateur « avec déficit de l’expression écrite ». La fiche officielle de l’American Psychiatric Association décrit ce versant comme une « poor written expression that lacks clarity ». La classification internationale des maladies de l’OMS est plus explicite : son libellé porte sur « spelling accuracy, grammar and punctuation accuracy, and organisation and coherence of ideas in writing », et exclut de ce diagnostic les cas dus à « a neurological or motor disorder ». Elle range pourtant le mot « dysgraphia » parmi les synonymes de ce code — ce qui explique une partie de la confusion.

Autrement dit : le mot que tout le monde emploie en France désigne d’abord le geste, là où le libellé des manuels internationaux décrit surtout le code écrit. Ce n’est pas une querelle de vocabulaire : c’est ce qui explique qu’un bilan puisse conclure à un trouble sans que le mot « dysgraphie » y figure, et inversement.

Dire que le DSM « diagnostique la dysgraphie » est donc au mieux un raccourci : ce qu’il décrit sous « expression écrite » ne recouvre pas le tracé.

Dysgraphie et dyspraxie, est-ce la même chose ?

Non, et l’amalgame est fréquent. Un élève dyspraxique présente souvent des difficultés d’écriture, mais toutes les difficultés d’écriture ne relèvent pas d’une dyspraxie : des dysgraphies existent isolément, sans trouble de la coordination associé. Les deux situations n’appellent pas les mêmes adaptations. La dyspraxie en classe.

Et la dysorthographie ?

L’une porte sur le tracé, l’autre sur l’orthographe. Un élève peut écrire proprement et faire dix fautes par ligne ; un autre peut orthographier correctement une phrase que personne n’arrive à lire. Elles cohabitent souvent — et se compensent différemment. La dyslexie en classe.

Un mot sur les chiffres

On lit couramment qu’un enfant sur dix serait concerné, ou qu’une grande part des enfants à haut potentiel seraient dysgraphiques. Le premier chiffre est relayé jusque dans des fiches institutionnelles, mais aucune ne renvoie à l’étude qui l’établirait ; le second ne renvoie à rien du tout. Ni l’un ni l’autre ne sera repris ici. Ce que l’on peut adapter pour un élève à haut potentiel.

Ce qui est en revanche documenté, c’est la cohabitation avec d’autres troubles des apprentissages : selon un chapitre de synthèse signé Danna, Velay et Albaret (2018), reprenant Albaret et coll. (2013), la proportion de sujets présentant un trouble des apprentissages parmi les personnes dysgraphiques est « de 30 à 67 % selon les études ». C’est un taux de coexistence, pas une fréquence dans la population générale — la nuance a son importance. Elle justifie surtout une chose : quand on repère une dysgraphie, on regarde rarement une difficulté isolée. Les élèves à besoins éducatifs particuliers.

Douze gestes de classe

Aucun ne demande de dispositif, d’autorisation, ni plus qu’un budget de fournitures.

Alléger ce qu’il y a à écrire

  1. Fournir la trace écrite plutôt que de la faire copier — polycopié, photo du tableau, cours d’un camarade photocopié.
  2. Préférer les textes à trous et les supports pré-imprimés à la copie intégrale, chaque fois que l’objectif n’est pas d’apprendre à écrire.
  3. Réduire le nombre d’exercices, pas leur difficulté. Six exercices bâclés valent moins que trois faits en entier.

Rendre le geste moins coûteux

  1. Laisser choisir l’outil. Le stylo qui glisse le mieux n’est pas toujours celui de la liste de fournitures ; certains élèves écrivent mieux au feutre fin qu’au stylo à bille.
  2. Proposer un lignage adapté et un support incliné. Des lignes plus espacées, un plan légèrement relevé : deux réglages qui ne coûtent rien et soulagent parfois beaucoup.
  3. Ne pas exiger la cursive quand elle n’est pas l’objectif de la tâche. Une écriture scripte lisible vaut mieux qu’une cursive illisible.

Évaluer ce qu’on voulait évaluer

  1. Ne pas noter la présentation dans une évaluation qui porte sur autre chose.
  2. Ne pas retirer deux fois des points pour l’orthographe et pour l’écriture — c’est le même obstacle compté deux fois. L’évaluation différenciée.
  3. Accepter d’autres formes de restitution : l’oral, la dictée à l’adulte, le schéma, l’enregistrement. La compétence visée reste évaluable.

Protéger l’élève du regard des autres

  1. Ne pas faire lire son cahier à voix haute, ni circuler dessus.
  2. Ne pas commenter la propreté devant la classe — ni pour reprocher, ni pour féliciter d’un progrès qui exposerait la difficulté.
  3. Ne pas afficher ses productions manuscrites sans lui avoir demandé.

Ce que l’école peut formaliser

Les gestes ci-dessus relèvent de la pédagogie ordinaire et n’ont besoin d’aucun cadre. Au-delà, trois démarches existent — et elles ne servent pas à la même chose.

Le plan d’accompagnement personnalisé

PAP · Plan d’accompagnement personnalisé

C’est le cadre le plus courant pour un trouble des apprentissages. L’article D. 311-13 du code de l’éducation le réserve aux « élèves dont les difficultés scolaires résultent d’un trouble des apprentissages », « après avis du médecin de l’éducation nationale », et précise qu’il « définit les mesures pédagogiques qui permettent à l’élève de suivre les enseignements prévus au programme […] ». Il est révisé tous les ans.

La circulaire du 22 janvier 2015 ajoute qu’il « peut être mis en place soit sur proposition du conseil des maîtres ou du conseil de classe soit, à tout moment de la scolarité, à la demande de l’élève majeur, ou, s’il est mineur, de ses parents ou de son responsable légal ».

Ce qu’il ne permet pas, et c’est écrit noir sur blanc dans la même circulaire : il « n’est pas une réponse aux besoins des élèves qui nécessitent une décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées notamment pour une aide humaine, l’attribution d’un matériel pédagogique adapté, une dispense d’enseignement ou un maintien en maternelle ». PAP, PPS, PPRE, PAI : lequel choisir ?

L’ordinateur : qui décide, et à qui il appartient

Ordinateur portable posé sur une table d'élève à côté d'un cahier fermé, dans une classe vide

C’est la question qui revient le plus souvent, et celle sur laquelle circulent le plus d’approximations.

L’ordinateur fourni à un élève est un matériel pédagogique adapté. Ce n’est ni l’école ni le plan d’accompagnement qui l’attribue. Depuis la circulaire du 29 août 2025, deux chemins existent.

Le premier, au titre du handicap : la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées « se prononce sur les mesures de compensation de nature à favoriser la scolarité de l’élève handicapé, notamment sur l’attribution d’un matériel pédagogique adapté […] » (article D. 351-7 du code de l’éducation). Le dossier passe alors par la maison départementale, avec l’évaluation scolaire qui l’accompagne. Le GEVA-Sco · La notification MDPH.

Le second, sans passer par elle : le matériel peut être attribué « comme un outil d’accessibilité proposé à la famille ou à l’élève majeur dans le cadre des pôles d’appui à la scolarité », qui adressent alors une proposition au directeur académique. Dans les deux cas, c’est ce dernier qui attribue : « l’attribution du matériel pédagogique relève de la compétence des inspecteurs d’académie-directeurs académiques des services départementaux de l’éducation nationale ».

Une distinction utile, et rarement faite

Le plan d’accompagnement personnalisé ne fait pas attribuer un ordinateur financé par l’État. En revanche, il peut parfaitement autoriser l’élève à utiliser le matériel informatique de l’établissement, ou le sien — le modèle annexé à la circulaire du 22 janvier 2015 le prévoit dans sa liste d’aménagements. Beaucoup de situations se règlent là, sans dossier.

Second point, moins connu : le matériel est prêté, jamais donné. Le texte de 2025 précise que ce matériel, « restant propriété de l’État, est alors temporairement mis à disposition », et qu’« une convention conclue avec la famille ou l’élève majeur consacre la mise à disposition du matériel à l’élève ». Le prêt « ne peut être subordonné à la souscription d’une assurance » par les responsables légaux.

Reste le plus important, et il n’est pas juridique. Un ordinateur attribué n’est pas un ordinateur utilisé. Les travaux de synthèse sur le traitement de texte chez les élèves faibles scripteurs — notamment la méta-analyse de Morphy et Graham publiée en 2012 dans Reading and Writing — associent son usage à des gains sur la qualité, la longueur et l’organisation des textes, ainsi que sur la motivation à écrire. Ces travaux ne disent rien du cas où l’élève n’a jamais appris à taper. La fiche institutionnelle, elle, s’y arrête : elle décrit l’apprentissage du « clavier caché », « utile pour les enfants ayant des difficultés visuo-perceptives importantes », où « on supprime le contrôle visuel du clavier ». Le mécanisme est le même que pour le crayon : un clavier qu’on cherche des yeux ne libère pas d’attention, il en consomme. L’apprentissage du clavier fait donc partie de l’aménagement, pas de ses préalables facultatifs. Il faut aussi prévoir les matières où il ne sert pas — les schémas, les mathématiques posées, les langues. Différencier avec le numérique.

Les examens

La demande d’aménagement pour le brevet ou le baccalauréat est une démarche distincte du plan, avec son propre calendrier. L’article D. 351-28 du code de l’éducation en décrit le circuit : les candidats « adressent leur demande à l’un des médecins désignés par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées territorialement compétente », au plus tard à la date limite d’inscription à l’examen, « sauf dans le cas où le handicap est révélé après cette échéance ».

La suite est souvent aplatie : « Le médecin rend un avis […] dans lequel il propose des aménagements. L’autorité administrative décide des aménagements accordés et notifie sa décision au candidat. » Le médecin propose ; c’est l’autorité qui organise l’examen qui décide.

Les aménagements possibles sont énumérés par l’article D. 351-27 : conditions matérielles et aides techniques ou humaines ; majoration du temps, qui « ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu pour chacune d’elles » — sauf situation exceptionnelle, où elle peut être augmentée sur demande motivée du médecin ; conservation des notes pendant cinq ans ; étalement des épreuves sur plusieurs sessions ; adaptations ou dispenses d’épreuves.

Depuis le décret du 4 décembre 2020, une procédure simplifiée existe pour les candidats dont le plan d’accompagnement — ou le projet de scolarisation, ou le projet d’accueil — a été accordé au titre d’un trouble du neurodéveloppement : ils peuvent demander les aménagements « sans solliciter un nouvel avis médical », dès lors qu’ils sont cohérents avec leur plan. Avec une exception explicite, écrite dans le texte : le tiers-temps en est exclu. Le même article précise que les candidats qui « sollicitent la majoration prévue au 2° de l’article D. 351-27 […] ne peuvent bénéficier de la procédure dérogatoire ». Pour la majoration de temps, l’avis médical reste donc requis.

Qui fait quoi — et qui ne fait pas quoi

Les familles arrivent rarement au bon endroit du premier coup : plusieurs interlocuteurs se présentent comme compétents, et rien n’indique lequel fait quoi.

Ce que couvre chaque interlocuteur
InterlocuteurCe qu’il couvre
Médecin de l’éducation nationaleLa porte d’entrée du plan d’accompagnement personnalisé : c’est son avis qui le déclenche. Les droits ouverts au titre du handicap, eux, passent par la maison départementale
OrthophonisteLe langage, y compris le langage écrit : orthographe, construction des phrases, expression écrite
PsychomotricienLe geste, la coordination, l’installation, l’automatisation du tracé
ErgothérapeuteLa compensation : outils, aménagement du poste, passage au clavier

La distinction entre l’orthophoniste et les deux suivants décide de la pertinence du rendez-vous. L’article L. 4341-1 du code de la santé publique définit la pratique de l’orthophonie comme portant sur « les troubles de la communication, du langage dans toutes ses dimensions, de la cognition mathématique, de la parole, de la voix et des fonctions oro-myo-faciales ». Le geste graphique n’y figure pas. L’orthophoniste intervient donc sur une dimension réelle et fréquemment associée — le versant linguistique de l’écrit — mais le tracé lui-même relève plutôt du psychomotricien et de l’ergothérapeute.

Le bilan

L’outil de référence pour évaluer l’écriture est l’échelle BHK (Charles, Soppelsa et Albaret, 2003), qui mesure la vitesse et la qualité du tracé à partir d’une épreuve d’écriture de cinq minutes. Une version destinée aux adolescents existe (BHK Ado). L’intérêt pour l’école est direct : le bilan chiffre ce que l’enseignant constate, et donne au médecin comme à l’équipe une base objectivée pour dimensionner les aménagements.

Et la graphothérapie ?

Beaucoup de familles la rencontrent tôt dans leur parcours. Un point de fait, utile pour poser la bonne question : ce n’est pas une profession de santé réglementée.

Interrogé par un député sur l’opportunité de la réglementer, le ministère de la Santé a répondu, dans une réponse publiée au Journal officiel le 1er juillet 2025 : « Les troubles de l’écriture sont d’ores et déjà pris en charge par des professionnels de santé qualifiés, tels que les orthophonistes, les ergothérapeutes et les psychomotriciens. Il n’apparait donc pas pertinent de créer une nouvelle profession de santé, d’autant que les graphothérapeutes ne sont pas formés en ce sens. » La réponse précise que la graphothérapie « ne semble pas répondre à ces exigences, ne faisant l’objet d’une recommandation scientifique de la Haute autorité de santé (HAS) à ce jour ».

Ce constat ne dit pas ce que vaut une séance ni ce qu’en pense telle famille. Il dit une chose précise : la graphothérapie n’est pas, à ce jour, une profession de santé réglementée par le code de la santé publique, et le ministère n’envisage pas de la reconnaître comme telle en l’absence de recommandation de la Haute Autorité de santé. Conséquence pratique : les séances ne relèvent pas du remboursement de l’assurance maladie. À chacun d’en tirer les conséquences qu’il veut — en sachant que le bilan qui ouvre des droits scolaires, lui, est celui d’un professionnel de santé.

Questions fréquentes

Est-ce que ça se soigne ?

La question mérite d’être reformulée. Une prise en charge vise à rendre l’écriture plus rapide et plus lisible, mais l’objectif réaliste n’est pas la belle écriture : c’est une écriture qui coûte assez peu pour laisser de la place au reste. Beaucoup d’élèves progressent surtout par la compensation — moins de copie, clavier, autres formes de restitution.

Faut-il lui faire recopier davantage pour qu’il progresse ?

Non. La copie répétée sollicite exactement ce qui est coûteux, et fatigue beaucoup pour un gain incertain. La recherche sur l’écriture manuscrite montre que le geste s’enseigne — mais elle porte sur un enseignement explicite, structuré, conduit auprès d’élèves tout-venant : elle ne dit pas qu’un élève dont le geste ne s’automatise pas y arrivera en écrivant davantage. Faire recopier plus n’est pas un enseignement du geste ; c’est la même tâche, en plus long.

À quel âge peut-on en parler ?

Pas avant que l’écriture ait eu le temps de s’installer : une écriture maladroite en début d’apprentissage n’a rien d’anormal. Ce qui doit alerter, c’est la persistance de l’effort et la lenteur qui ne se réduit pas.

Mon élève écrit très mal : dois-je alerter la famille ?

Oui, et le plus tôt est le mieux — en décrivant ce que vous observez, jamais en nommant un trouble. « Il n’a pas fini la moitié des copies ce trimestre, il se plaint de douleurs à la main, et ce qu’il dit à l’oral est bien plus riche que ce qu’il écrit » est une alerte utile. « C’est sûrement une dysgraphie » ne l’est pas.

Un élève dysgraphique a-t-il droit à un ordinateur ?

Deux voies existent. Au titre du handicap, l’attribution suppose une décision de la commission des droits et de l’autonomie, donc un dossier auprès de la maison départementale. Depuis la rentrée 2025, un matériel peut aussi être proposé, comme outil d’accessibilité, par un pôle d’appui à la scolarité. Dans les deux cas, c’est le directeur académique qui attribue, et le matériel est prêté, non donné. Et pour le seul usage d’un ordinateur en classe, le plan d’accompagnement suffit souvent. Mais avant la question du droit vient celle de l’usage : sans apprentissage du clavier et sans solution pour les matières où il ne sert pas, l’ordinateur reste inutilisé.

Faut-il abandonner l’écriture manuscrite ?

Non, et la question se pose rarement en ces termes. On allège, on contourne pour les tâches longues, on garde l’écriture pour ce qu’elle apporte. Le clavier est un moyen parmi d’autres, pas un renoncement.

Dysgraphie et dyspraxie, est-ce la même chose ?

Non. Un élève dyspraxique a souvent des difficultés d’écriture, mais des dysgraphies existent isolément, sans trouble de la coordination associé — et les deux situations n’appellent pas les mêmes adaptations. La dyspraxie en classe.

Ce qu’il faut retenir

  • Le problème n’est pas que l’élève écrive mal, c’est que son écriture n’est pas automatisée — et que l’attention dépensée dans le tracé manque partout ailleurs.
  • Le levier n’est pas d’écrire plus, mais d’écrire moins cher : alléger la copie, laisser choisir l’outil, accepter d’autres restitutions.
  • Ne pas compter deux fois le même obstacle dans une note.
  • Le plan d’accompagnement personnalisé ne fait pas attribuer d’ordinateur : le matériel pédagogique adapté passe par la commission des droits et de l’autonomie ou par un pôle d’appui à la scolarité, et il est prêté, non donné. En revanche, un plan d’accompagnement peut autoriser l’élève à utiliser le matériel de l’établissement ou le sien.
  • Le tiers-temps aux examens reste soumis à l’avis médical, même quand le plan de l’élève a été accordé au titre d’un trouble du neurodéveloppement.
  • Chaque professionnel couvre une part du problème : le langage écrit pour l’orthophoniste, le geste pour le psychomotricien, la compensation pour l’ergothérapeute.

Sources

  1. Code de l’éducation, article D. 311-13 (plan d’accompagnement personnalisé) — création par le décret n° 2014-1377 du 18 novembre 2014.
  2. Circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015, Plan d’accompagnement personnalisé, Bulletin officiel n° 5 du 29 janvier 2015.
  3. Code de l’éducation, article D. 351-7 (compétences de la commission des droits et de l’autonomie).
  4. Circulaire du 29 août 2025, Matériel pédagogique adapté, NOR MENE2517971C, Bulletin officiel n° 33 du 4 septembre 2025 — qui abroge la circulaire n° 2001-221 du 29 octobre 2001.
  5. Code de l’éducation, articles D. 351-27 et D. 351-28 (aménagements des examens).
  6. Code de l’éducation, article D. 351-28-1, créé par le décret n° 2020-1523 du 4 décembre 2020.
  7. Code de la santé publique, article L. 4341-1 (pratique de l’orthophonie), version en vigueur depuis le 21 mai 2023.
  8. Assemblée nationale, question écrite n° 594, réponse du ministère de la santé et de l’accès aux soins publiée au Journal officiel le 1er juillet 2025.
  9. American Psychiatric Association, fiche « Specific Learning Disorder », 2013.
  10. Organisation mondiale de la santé, Classification internationale des maladies, 11ᵉ révision, code 6A03.1 « Developmental learning disorder with impairment in written expression ».
  11. INSEI (ex-INSHEA), Tous à l’école, fiche « Dysgraphies », publiée le 2 juin 2015.
  12. Danna, J., Velay, J.-L. et Albaret, J.-M., « Dysgraphies », in Traité de neurolinguistique, 2018.
  13. Charles, M., Soppelsa, R. et Albaret, J.-M., BHK : échelle d’évaluation rapide de l’écriture chez l’enfant, 2003.
  14. Santangelo, T. et Graham, S., « A Comprehensive Meta-analysis of Handwriting Instruction », Educational Psychology Review, 2016.
  15. Morphy, P. et Graham, S., « Word processing programs and weaker writers/readers », Reading and Writing, 2012.

La dysgraphie en classe — reconnaître, alléger, formaliser

Les signes à repérer et les douze gestes, sur une page à poser sur le bureau ou à glisser dans un cahier de bord.

Télécharger la fiche (PDF)
Retour en haut