Besoins éducatifs particuliers
Le TDAH en classe : ce que vous pouvez faire seul, et ce qui demande un plan
Il se lève pour la troisième fois depuis le début de la dictée, et il répond avant que vous ayez fini la question. À l’autre bout de la classe, une élève n’a pas écrit une ligne depuis dix minutes, sans un bruit : elle regarde par la fenêtre. Les deux ont peut-être un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité — le TDAH. Peut-être pas.
Cette page répond à trois questions : ce que vous pouvez changer dès demain, seul, sans attendre un diagnostic ni un dossier ; ce qui demande un plan, et qui le décide ; ce que les textes vous permettent quand la classe déraille. Elle s’adresse d’abord aux enseignants, du primaire et du collège, et relève des besoins éducatifs particuliers. Une grille d’observation à imprimer l’accompagne : elle sert à décrire des situations de classe, jamais à poser un diagnostic.
En bref
Les aménagements de classe n’attendent pas le PAP : la Haute Autorité de santé recommande de les mettre en place le plus rapidement possible, avant même sa formalisation — et rien n’oblige à attendre un diagnostic pour changer un élève de place ou fractionner une consigne. Ce que vous décidez seul — la place, les consignes, le droit de bouger — est déjà l’essentiel des gestes recommandés. Ce qui relève d’un plan ou d’une autre autorité — une aide humaine, du matériel attribué, des aménagements d’examen — ne se décide pas en classe, et cette page dit qui le décide.
Lundi matin
Si vous ne lisez qu’un bloc de cette page, lisez celui-ci.
- Changez-le de place : près de vous et des affichages qui servent au travail, à côté de voisins qui ne le distraient pas.
- Une consigne à la fois, en phrase courte, écrite au tableau, puis reformulée par l’élève.
- Donnez-lui une mission qui autorise à bouger : effacer le tableau, ramasser les cahiers, porter un message.

1. Ce que vous voyez, et ce que ça peut vouloir dire
Le TDAH se manifeste par de l’inattention, avec ou sans hyperactivité et impulsivité. La Haute Autorité de santé (HAS) le définit comme un trouble du neurodéveloppement qui « se caractérise par des symptômes d’inattention, accompagnés ou non de symptômes d’hyperactivité et d’impulsivité, d’intensité inappropriée par rapport à l’âge de développement ». Sa prévalence est estimée, dans le monde, « autour de 5 % » chez les enfants et adolescents.
L’élève qui bouge, qui parle, qui répond avant la fin de la question
C’est le profil que tout le monde reconnaît. Pendant la dictée, il est debout pour la troisième fois ; en phase de questions, sa réponse arrive avant la fin de la question ; dans l’exercice, il saute l’étape qu’il connaît pourtant, et la file d’attente au bureau devient un moment difficile.
Ce profil occupe l’attention de la classe, et donc la vôtre. C’est aussi celui qu’on signale le plus facilement à l’équipe, parce qu’il dérange.
L’élève qui décroche sans bruit
Le second profil ne dérange personne. L’élève ne bouge pas : il n’est simplement pas là. En plein travail autonome, la consigne en trois étapes s’est arrêtée à la première ; la trousse est restée à la maison ; la fiche revient à moitié faite, sans avoir été abandonnée.
La HAS décrit des formes « avec inattention prédominante », et elle insiste sur un point qui concerne directement la classe : le TDAH, « deux fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles », « pourrait être moins bien repéré et, de fait, sous-diagnostiqué chez les filles ». Elle précise : « Les filles atteintes de TDAH présentent habituellement des symptômes plus difficilement perceptibles pour l’observateur », et encore : « Chez la fille, la forme inattentive serait la plus fréquente ». L’élève rêveuse, sage et en retard dans son travail mérite la même attention que l’élève agité.
Ce que vous voyez n’est pas propre au TDAH
Aucun de ces signes, pris seul, ne désigne un TDAH. Le site Tous à l’école le rappelle : « Ces signes ne sont évidemment pas spécifiques de ce diagnostic et peuvent par exemple s’observer chez des enfants turbulents, en situation d’échec scolaire ou de carence éducative. » D’autres causes peuvent produire une inattention : un trouble de la vue ou de l’audition, des troubles du sommeil, une fatigue liée à une maladie chronique. Chez les plus petits, la HAS recommande « d’être encore plus prudent avant de poser le diagnostic » avant 5 ans, en raison de la variabilité du développement.
C’est pour cela que votre rôle n’est pas de reconnaître un TDAH, mais de décrire ce que vous observez. Le diagnostic, lui, est posé par un médecin formé au trouble ; la HAS rappelle qu’il « est clinique » et qu’il n’existe « pas, en l’état des connaissances actuelles, d’examen complémentaire ou de biomarqueur » pour le confirmer ou l’infirmer.
2. Ce n’est pas une question de volonté
C’est une phrase qu’on entend souvent : « quand il veut, il peut ». Elle est compréhensible, et elle conduit souvent à la remontrance — que le site Tous à l’école décrit comme un maillon d’un « cercle vicieux hyperactivité-remontrance-angoisse de l’enfant- accentuation de l’hyperactivité ».
L’attention est une fonction, pas un effort
La HAS situe le cœur du trouble dans les fonctions attentionnelles, qui peuvent être associées à l’altération d’autres fonctions exécutives : « le contrôle de l’inhibition de la réponse motrice ou verbale, la planification de l’action, la flexibilité cognitive et la mémoire de travail ». Traduit en classe : retenir une consigne en trois étapes, s’empêcher de répondre, passer d’une activité à l’autre, organiser un travail long.
La HAS rappelle aussi que le trouble a été « interprété à tort dans le passé comme réactionnel ». Aujourd’hui, écrit-elle, « il existe un consensus autour d’une origine neurodéveloppementale » ; son étiologie « n’est que partiellement connue », et elle y voit l’interaction de facteurs génétiques et environnementaux.
Cela ne veut pas dire que l’élève n’est responsable de rien. Cela veut dire qu’exiger davantage d’effort sans changer la tâche a peu de chances de suffire, et que c’est d’abord la tâche qu’il faut ajuster.
« Il y arrive quand ça l’intéresse » ne prouve rien
C’est un argument qu’on entend souvent : l’élève reste concentré deux heures sur un jeu ou une construction. Le constat peut être exact sans contredire le trouble. Une explication souvent avancée : une activité qui récompense immédiatement, qui change sans cesse et qui ne demande pas de retenir une consigne ne sollicite sans doute pas les mêmes ressources qu’une dictée ou un problème en plusieurs étapes. La HAS, reprenant la définition du DSM-5-TR, précise d’ailleurs que les niveaux d’intensité du trouble « peuvent évoluer selon le temps et le contexte ».
Les attentes que l’on forme à propos d’un élève pèsent aussi sur ce qu’on lui propose : sur ce point, voir ce que la recherche dit de l’effet Pygmalion.
3. Ce que vous décidez seul, ce qui demande un plan
C’est la question que les listes de conseils posent rarement, alors qu’elle commande tout le reste. Certains gestes relèvent de votre liberté pédagogique et se décident ce soir. D’autres engagent l’école, un médecin ou la MDPH, et ne se décident pas en classe.
| Seul, dès demain | En équipe, avec la famille | Avec un PAP | Avec la MDPH (PPS) |
|---|---|---|---|
| Place dans la classe, voisinage | Réunir l’équipe éducative si le comportement « perturbe gravement et de façon durable » la classe (premier degré) | Aménagements et adaptations pédagogiques formalisés, suivis d’une année sur l’autre | Aide humaine (AESH) |
| Consignes : une à la fois, écrites, reformulées | Programme personnalisé de réussite éducative (PPRE), mis en place rapidement, en attendant un PAP | Avis préalable du médecin de l’Éducation nationale | Matériel pédagogique adapté attribué |
| Tâches fractionnées, qualité plutôt que quantité | Organisation d’un lieu d’apaisement prévu et aménagé | Au moment des examens : demande simplifiée des aménagements, sans nouvel avis médical (sauf tiers-temps) | Orientation, aménagements notifiés par la CDAPH |
| Missions qui autorisent à bouger | Engagement de l’élève sur des objectifs de comportement (second degré) | Transmission à chaque changement d’établissement | — |
| Renforcement positif, encouragements ciblés | — | — | — |
Les sigles se lisent ainsi : le PAP est le plan d’accompagnement personnalisé, le PPS le projet personnalisé de scolarisation, la CDAPH la commission de la MDPH qui décide. Le détail de chaque dispositif est dans le comparatif PAP, PPS, PPRE, PAI.
La colonne de gauche est la plus longue, et ce n’est pas un hasard : l’essentiel des stratégies que la HAS adresse aux enseignants ne demande aucun document.
Vous n’avez pas à attendre le PAP
C’est la recommandation la plus utile de la HAS pour une salle de classe : « Il est recommandé que les aménagements pédagogiques soient mis en place le plus rapidement possible, avant même la formalisation du PAP ou la saisine de la MDPH. »
La HAS signale aussi que le PPRE « a l’avantage de pouvoir être rapidement mis en œuvre, sans attendre que le diagnostic posé permette la rédaction d’un PAP ». Et les gestes de la colonne de gauche ne demandent aucune autorisation.
Deux conséquences. D’abord, un élève dont le dossier est en cours peut bénéficier dès maintenant de ces gestes. Ensuite, ce que vous aurez essayé, et ce qui a aidé, deviendra une information précieuse le jour où l’équipe préparera un plan : c’est l’objet de la grille d’observation de cette page. Aménager tôt ne remplace pas le plan ; cela lui donne de la matière.
4. Les gestes de classe, besoin par besoin
La HAS a publié en juillet 2024, en annexe de sa recommandation sur le TDAH de l’enfant et de l’adolescent, un tableau de « Conseils et stratégies à destination des enseignants ». Il est court et concret. Voici son contenu, réorganisé par moment de classe.
Pour tenir l’attention
- Installer l’élève « dans un endroit adapté de la classe, près de l’enseignant et des affichages utilisés pour travailler », à côté de voisins qui ne le distraient pas.
- Ne laisser sur sa table que ce qui est nécessaire.
- Établir un contact visuel fréquent ; utiliser le tableau et des supports visuels.
- Fragmenter les tâches longues en étapes courtes.
- Faire agir l’élève : participation orale, prise de notes.
Pour les consignes
- S’assurer de son attention avant de parler — un signe non verbal convenu entre vous fait gagner du temps et évite de le reprendre devant la classe.
- Donner une seule consigne à la fois, en phrase courte, simple, affirmative et positive.
- La faire reformuler par l’élève, ou la reformuler vous-même ; l’écrire au tableau.
- Mettre en évidence les informations importantes, alléger les tâches, limiter la surcharge.
Pour s’organiser
L’organisation pèse souvent autant que l’agitation, et elle se voit moins. Les gestes de la HAS : un matériel structuré et marqué à son nom, avec de la papeterie de secours ; le cahier plutôt que le classeur ; un code couleur par matière ; les étapes d’un travail affichées au tableau ; l’emploi du temps de la demi-journée annoncé et affiché ; des routines quotidiennes et hebdomadaires ; les transitions préparées, en avertissant plusieurs fois à l’avance de tout changement.
Au collège, la difficulté change de nature : l’élève a plusieurs enseignants, autant de manières de donner une consigne, autant de cahiers. La HAS recommande, « au collège, au début de chaque cours, annoncer le chapitre de la leçon ou son étape, l’afficher ainsi que le plan du cours », et de vérifier que l’élève a bien noté les devoirs ou y a accès. C’est un geste que l’équipe gagne à adopter ensemble, parce qu’il ne vaut que s’il se répète d’un cours à l’autre.

Pour le besoin de bouger
L’agitation n’est pas un caprice à éteindre, c’est un besoin à canaliser. La HAS propose de permettre à l’élève « de se déplacer dans la salle dans un cadre précis avec des missions déterminées comme effacer le tableau, ramasser les cahiers », de lui confier des responsabilités, et de « permettre l’utilisation d’objets à manipuler ou à mâcher adaptés à la classe ».
Deux gestes méritent d’être anticipés avec l’équipe : prévoir un espace d’apaisement, ou la possibilité de quitter la salle pour un lieu prévu — chez le conseiller principal d’éducation dans le second degré — « afin d’éviter une crise » ; et ne pas le punir en le privant de récréation. La HAS le dit ainsi : « ne pas le « punir » en le privant de temps libre où il peut bouger comme les récréations, offrir des alternatives ». À l’école, le règlement type départemental fixe une limite pour tous les élèves : un élève ne doit pas être privé de la totalité de la récréation à titre de punition. Pour un élève avec un TDAH, la HAS va plus loin.
Pour ne pas décourager
Un élève repris vingt fois par jour finit par se décrire comme celui qu’on reprend. La HAS recommande de « privilégier la qualité à la quantité du travail », d’adapter la tâche en la décomposant en étapes à sa portée et, « chaque fois que l’élève termine une étape, le féliciter et l’encourager personnellement et de façon ciblée sur ses aptitudes et stratégies ». Elle recommande aussi un renforcement positif fréquent : récompenser par des remarques agréables ses efforts de comportement — travail, attention, respect des consignes, calme.
Pour les contrôles, les mêmes principes se transposent — c’est une pratique courante, pas une liste de la HAS : énoncé lu ou vérifié avec l’élève, une question par ligne, moins d’exercices plutôt que plus de temps. Les pistes d’évaluation différenciée du site sont directement transposables.
5. Quand la tension monte : avant, pendant, après
Une crise en classe s’annonce souvent. Ce qui suit relève de la pratique de classe plus que de la recherche : ce sont des principes de bon sens, qui découlent des gestes de la HAS, pas des protocoles validés un à un.
Avant : prévenir
Les moments à risque sont souvent les mêmes : les transitions, l’attente, les consignes longues, le retour de récréation, les situations où l’élève est mis en échec devant les autres. La HAS recommande de « préparer les transitions » et de prévoir un espace d’apaisement pour « éviter une crise et lui permettre de s’apaiser ». Le lieu, le signal qui permet d’y aller et l’adulte qui accueille se décident à froid, avec l’élève et l’équipe — jamais au moment où tout déborde.
Pendant : baisser la charge
Au moment où la tension monte, l’élève n’est plus en état de négocier. Parler peu, bas, et proposer une porte de sortie — le lieu prévu, une mission, quelques minutes de pause — fonctionne mieux qu’une explication devant le groupe. À l’école primaire, le règlement type départemental fixe une limite nette : « En tout état de cause, l’élève ne doit à aucun moment être laissé seul sans surveillance. » Au collège, le lieu où l’élève peut aller est celui dont l’équipe a convenu — chez le conseiller principal d’éducation, par exemple.
Après : revenir sur ce qui s’est passé
C’est le moment où l’on peut parler. Revenir sur l’incident, chercher avec l’élève ce qui l’a déclenché, et s’accorder sur un objectif précis pour la suite. Dans le second degré, la circulaire de 2014 sur l’application de la règle envisage cette voie : il « peut notamment s’avérer utile d’obtenir de la part d’un élève dont le comportement pose problème un engagement fixant des objectifs précis ».
C’est ce que beaucoup appellent un « contrat de comportement ». Le texte, lui, parle d’engagement, et il en fixe la portée : « Cet engagement peut revêtir une forme orale ou écrite, être signé ou non. Il n’entraîne, en tout état de cause, aucune obligation soumise à sanction au plan juridique. » Il doit s’accompagner d’un suivi par un référent, et le représentant légal de l’élève doit en être informé. Un engagement bien construit tient en deux ou trois objectifs observables, formulés positivement — « je lève la main avant de parler » plutôt que « je ne coupe plus la parole ».
6. Punir, exclure : ce que disent les textes
Un élève qui a un TDAH peut être puni : aucun texte relevé ne l’en exempte. Mais les règles ne sont pas les mêmes à l’école et au collège, et plusieurs réflexes courants sont hors cadre.
À l’école (premier degré)
À l’école maternelle et élémentaire. Le règlement type départemental (circulaire n° 2014-088 du 9 juillet 2014) prévoit des réprimandes, portées immédiatement à la connaissance des parents, qui « ne peuvent elles-mêmes en aucun cas porter atteinte à l’intégrité morale ou physique d’un enfant ». Il ajoute : « On veillera à ce qu’un élève ne soit pas privé de la totalité de la récréation à titre de punition. » Face à un comportement momentanément difficile, « des solutions doivent être cherchées en priorité dans la classe, ou exceptionnellement et temporairement dans une ou plusieurs autres classes ». Et lorsque le comportement « perturbe gravement et de façon durable le fonctionnement de la classe malgré la concertation engagée avec les responsables légaux », la situation doit être soumise à l’équipe éducative, en associant le psychologue scolaire et le médecin de l’Éducation nationale.
Au collège et au lycée (second degré)
Au collège et au lycée. La circulaire n° 2014-059 du 27 mai 2014 distingue deux régimes. Les punitions — par exemple une retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait — « peuvent être mises en application par les enseignants » ; les parents doivent en être informés par écrit. Les sanctions disciplinaires — de l’avertissement à l’exclusion — sont prononcées par le chef d’établissement ou, pour l’exclusion définitive, par le conseil de discipline.
Le même texte pose un principe qui concerne directement un élève avec un TDAH : l’individualisation. Il « implique de tenir compte du degré de responsabilité de l’élève », et la sanction « ne se fonde pas seulement sur l’acte en lui-même mais également sur la prise en compte de la personnalité de l’élève, surtout s’agissant des mineurs, ainsi que du contexte dans lequel la faute a été commise ».
L’exclusion de cours est une punition, et le texte l’encadre strictement : « Si, dans des cas très exceptionnels, l’enseignant décide d’exclure un élève de cours, cette punition s’accompagne nécessairement d’une prise en charge de l’élève dans le cadre d’un dispositif prévu à cet effet et connu de tous les enseignants et personnels d’éducation. » L’élève doit rendre un travail en lien avec la matière.
L’exclusion de la classe est une sanction, prononcée par le chef d’établissement, pour huit jours au plus, pendant lesquels l’élève « est accueilli dans l’établissement » ; la circulaire précise qu’elle « n’est pas assimilable à l’exclusion du cours ».
Enfin, au collège et au lycée : « la note zéro infligée à un élève en raison de motif exclusivement disciplinaire est proscrite ». Une note évalue le travail, pas le comportement.
Ce que ces textes disent en creux : à l’école, la réponse se cherche d’abord dans la classe ; au collège, l’exclusion de cours est l’exception et ne va jamais sans prise en charge. Côté HAS, la recommandation porte sur la prévention : anticiper la crise, prévoir un lieu d’apaisement, ne pas priver l’élève des temps où il peut bouger.
7. Observer sans diagnostiquer : la grille
Quand l’équipe se réunit, quand le médecin de l’Éducation nationale vous demande ce que vous constatez, une impression — « il est tout le temps agité » — sert peu. Une observation datée, si : dans quelle situation, à quel moment de la journée, combien de temps, et ce qui a aidé.
La HAS en tient compte. Pour le diagnostic, elle recommande au médecin, « en accord avec les parents et l’enfant, de recueillir auprès des différents professionnels intervenant dans la vie de l’enfant des informations sur le plan des apprentissages, des attitudes et du comportement de l’enfant » — et les enseignants sont les premiers qu’elle cite. Si le médecin vous remet un questionnaire, c’est lui qu’il faut remplir : la grille ne le remplace pas.
La grille à imprimer de cette page est construite pour cela. Elle ne liste pas des symptômes : elle liste des situations de classe — une consigne collective, un travail écrit long, une transition, un temps d’attente, une activité de groupe, un contrôle — et vous demande, pour chacune, ce que vous avez observé, pendant combien de temps, et ce qui a aidé. Une semaine d’observation donne déjà une première image.
Ce qu’elle n’est pas : un test. Elle ne conclut rien, elle ne compte pas de points, elle ne dit pas « TDAH » ou « pas TDAH ». Elle se partage avec l’équipe ; transmise à un médecin pour un diagnostic, elle suppose l’accord des parents et de l’enfant.
8. PAP, PPS, PAI : ce que chaque plan change pour vous
Quand les gestes de classe ne suffisent pas, ou quand il faut les inscrire dans la durée, trois plans peuvent s’appliquer à un élève qui a un TDAH. La HAS les récapitule dans sa recommandation.
Le PAP : formaliser les aménagements pédagogiques
Le plan d’accompagnement personnalisé s’adresse, selon la HAS, aux élèves « sans reconnaissance de handicap, présentant des troubles des apprentissages ou du neurodéveloppement, qui génèrent des difficultés scolaires durables ». Il suit un circuit précis, fixé par la circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015 : il peut être proposé par le conseil des maîtres ou le conseil de classe — et, dans le second degré, à l’initiative du professeur principal —, ou demandé à tout moment par la famille (si c’est l’école qui le propose, la famille donne d’abord son accord sur le principe) ; le constat des troubles est fait par le médecin de l’Éducation nationale ou par le médecin qui suit l’enfant ; le médecin de l’Éducation nationale donne son avis ; le directeur ou le chef d’établissement élabore le plan avec l’équipe éducative, puis le transmet à la famille pour accord. Il est ensuite mis en œuvre par les enseignants, et révisé tous les ans.
Pour un élève avec un TDAH, la HAS donne un exemple de ce que le médecin peut écrire : « Difficulté importante à se concentrer, à maintenir son attention dans la durée, à faire deux choses à la fois, à s’organiser. » C’est à partir de ce constat que les enseignants choisissent les aménagements. La circulaire recommande de ne pas cocher trop d’items, mais de « mettre en évidence les aménagements et les adaptations pédagogiques indispensables ». Le comparatif des dispositifs est détaillé dans PAP, PPS, PPRE, PAI : lequel choisir ?.
Le PPS et l’AESH, quand le PAP ne suffit pas
Lorsqu’un plan de compensation est nécessaire, du fait de l’intensité du trouble ou de troubles associés, la HAS recommande de proposer aux parents de saisir la MDPH — et le PAP n’en est pas un préalable. En cas de reconnaissance du handicap, le PAP est remplacé par un projet personnalisé de scolarisation, qui peut notamment prévoir du matériel pédagogique adapté ou une aide humaine. La décision est rendue par la CDAPH et notifiée à la famille — voir comment lire une notification MDPH.
Un point mérite d’être connu : l’aide humaine n’est pas automatique. La HAS écrit que la présence d’un AESH formé au TDAH « peut être utile » lorsque le retentissement scolaire est conséquent ou que les symptômes restent sévères malgré les traitements entrepris, mais que « la mise en place d’un soutien par un AESH n’est pas recommandée de façon systématique en cas de TDAH isolé léger ou d’intensité modérée ». Quand une AESH est notifiée, son rôle en classe est détaillé sur la page L’AESH en classe.
Le PAI, pour un médicament pris à l’école
Si un traitement doit être pris pendant le temps scolaire, la HAS indique qu’« un Projet d’Accueil Individualisé (PAI) est nécessaire si un médicament est à prendre sur le temps scolaire ». Ce plan peut s’ajouter au PAP ; son fonctionnement est expliqué sur la page Le PAI à l’école.
Examens : des pauses plutôt qu’un tiers-temps
Pour le brevet ou le baccalauréat, la HAS prend une position nette : « le tiers temps n’est pas adapté de façon systématique à un enfant présentant un TDAH isolé ». Elle préconise plutôt des pauses avec temps compensatoire, dès la première heure, et relève aussi le passage en priorité aux épreuves orales. Les pauses sont chronométrées et rendues en fin d’épreuve, « dans la limite de 1/3 du temps de l’épreuve ».
Ces aménagements ne se décident ni en classe ni dans le PAP : la demande est adressée à l’autorité qui organise l’examen. Un élève qui a un plan au titre d’un trouble du neurodéveloppement peut la faire sans nouvel avis médical, si un médecin désigné par la CDAPH a déjà rendu un avis au cycle 4 ou en seconde et si les aménagements demandés sont cohérents avec son plan. Pour le temps majoré, les textes divergent : le code de l’éducation l’exclut de cette procédure simplifiée, la circulaire de 2020 et le formulaire du brevet 2026 seulement au-delà du tiers-temps. Le détail de la procédure et des aménagements d’examen est sur la page consacrée aux aménagements pour le TDAH.
9. Quand le TDAH n’est pas seul
Le TDAH peut s’accompagner d’autres difficultés, et la HAS rappelle que le diagnostic « n’est pas exclusif et peut être associé à d’autres troubles ». En classe, trois situations reviennent.
Un trouble des apprentissages associé. Un élève peut avoir un TDAH et une dyslexie, une dyscalculie ou une dyspraxie. Les gestes ne sont pas les mêmes, et l’ordre de priorité non plus : c’est l’objet de la page plusieurs troubles chez le même élève. Les troubles du langage oral en sont un exemple, décrit dans la dysphasie en classe. Un haut potentiel peut aussi coexister avec un TDAH : voir un élève à haut potentiel dans votre classe.
L’estime de soi. La HAS note que les symptômes du TDAH sont « souvent associés à un retentissement négatif sur l’estime de soi ». C’est une raison de plus pour privilégier les encouragements ciblés aux remarques répétées.
Le harcèlement. C’est la vigilance que la HAS demande de manière explicite : « Il est recommandé d’être systématiquement vigilant vis-à-vis de la problématique du harcèlement scolaire car les enfants TDAH constituent une population vulnérable à ce sujet ». Elle ajoute que les enfants concernés peuvent en être victimes ou acteurs, et que les temps périscolaires, comme la cantine ou la garderie, sont « aussi à risque de harcèlement et de difficultés d’intégration » ; elle recommande d’y sensibiliser les professionnels concernés.
Côté parents
Vous pouvez demander un PAP à tout moment de la scolarité, sans attendre que l’école le propose : la circulaire le prévoit « à la demande de l’élève majeur, ou, s’il est mineur, de ses parents ou de son responsable légal ». Le PAP n’est pas une étape obligatoire avant la MDPH : le texte précise qu’il « ne constitue pas pour les familles un préalable nécessaire à la saisine de la MDPH ». Et les aménagements de classe peuvent commencer avant tout document.
Ce qu’il faut retenir
- Les aménagements de classe se mettent en place tout de suite : la HAS recommande de ne pas attendre le PAP ni la MDPH, et les gestes de classe n’attendent pas de diagnostic.
- L’essentiel des gestes recommandés — place, consignes, organisation, droit de bouger, encouragements — se décide seul.
- L’aide humaine et le matériel attribué relèvent d’un plan, les aménagements d’examen de l’autorité qui organise l’examen ; la HAS ne recommande pas de façon systématique l’AESH pour un TDAH isolé léger ou modéré, ni le tiers-temps pour un TDAH isolé.
- Un élève avec un TDAH peut être puni. Au collège, l’exclusion de cours est réservée à des cas très exceptionnels et toujours accompagnée ; à l’école, un élève ne doit jamais être privé de la totalité de la récréation — et pour un élève avec un TDAH, la HAS recommande de ne pas le priver de ces temps où il peut bouger.
- Votre rôle n’est pas de reconnaître un TDAH, mais de décrire ce que vous observez : c’est ce que la grille permet.
Questions fréquentes
Peut-on exclure de cours un élève qui a un TDAH ?
Au collège et au lycée, l’exclusion de cours est une punition que l’enseignant peut décider, mais la circulaire du 27 mai 2014 la réserve à des « cas très exceptionnels » et impose une prise en charge de l’élève dans un dispositif prévu à cet effet, avec un travail à rendre. Aucun texte relevé n’exempte un élève avec un TDAH des règles communes, mais la même circulaire impose d’individualiser la sanction en tenant compte de la personnalité de l’élève et du contexte. À l’école primaire, les solutions sont cherchées d’abord dans la classe ou, exceptionnellement, dans une autre classe, et l’élève ne doit jamais être laissé seul sans surveillance.
Faut-il un diagnostic pour aménager la classe ?
Non. Les gestes de classe — placement, consignes, fractionnement des tâches, missions qui autorisent à bouger — ne demandent aucun document. La HAS recommande d’ailleurs que les aménagements pédagogiques soient mis en place le plus rapidement possible, avant même la formalisation d’un PAP ou la saisine de la MDPH, et signale que le PPRE peut être mis en œuvre sans attendre le diagnostic. Les aménagements formalisés, le matériel attribué et l’aide humaine passent par un plan ; les aménagements d’examen se demandent à l’autorité qui organise l’examen.
Un élève avec un TDAH a-t-il droit à une AESH ?
L’aide humaine n’est accordée que par la CDAPH, dans le cadre d’un projet personnalisé de scolarisation. La HAS estime que la présence d’un AESH formé au TDAH peut être utile quand le retentissement scolaire est conséquent ou que les symptômes restent sévères malgré les traitements entrepris, mais qu’elle n’est pas recommandée de façon systématique en cas de TDAH isolé léger ou d’intensité modérée.
Le tiers-temps est-il automatique au brevet ou au bac ?
Non. Les aménagements d’examen se demandent à l’autorité qui organise l’examen. Un élève qui a un PAP, un PPS ou un PAI au titre d’un trouble du neurodéveloppement peut les demander sans nouvel avis médical si un médecin désigné par la CDAPH a déjà rendu un avis au cycle 4 ou en seconde et s’ils sont cohérents avec son plan. Pour le tiers-temps, les textes divergent : le code de l’éducation l’exclut de cette procédure simplifiée, la circulaire de 2020 et le formulaire du brevet 2026 seulement au-delà du tiers-temps. Sur le fond, la HAS estime que le tiers-temps n’est pas adapté de façon systématique à un TDAH isolé, et préconise plutôt des pauses avec temps compensatoire dès la première heure, rendues en fin d’épreuve dans la limite d’un tiers du temps.
Faut-il l’accord des parents pour remplir une grille d’observation ?
Observer ses élèves et noter ce qui se passe en classe fait partie du travail de l’enseignant, et la grille se partage avec l’équipe pédagogique. En revanche, la transmission d’informations à un médecin, pour un diagnostic, se fait « en accord avec les parents et l’enfant » : c’est ainsi que la HAS prévoit ce recueil auprès des enseignants.
Sources
- Haute Autorité de santé, Trouble du neurodéveloppement / TDAH : Diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents, recommandation de bonne pratique, juillet 2024 — dont l’annexe 1, « Conseils et stratégies à destination des enseignants ».
- Ministère de l’Éducation nationale, circulaire n° 2014-088 du 9 juillet 2014, Règlement type départemental des écoles maternelles et élémentaires publiques, BO n° 28 du 10 juillet 2014.
- Ministère de l’Éducation nationale, circulaire n° 2014-059 du 27 mai 2014, Application de la règle, mesures de prévention et sanctions, BO n° 22 du 29 mai 2014.
- Ministère de l’Éducation nationale, circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015, Plan d’accompagnement personnalisé, BO n° 5 du 29 janvier 2015.
- Code de l’éducation, article D. 311-13 (plan d’accompagnement personnalisé).
- Code de l’éducation, article D. 351-28-1 (aménagements d’examen des candidats bénéficiant d’un plan au titre d’un trouble du neurodéveloppement).
- Code de l’éducation, article D. 311-13-1 (aménagements d’examen des candidats bénéficiant d’un PAP au titre d’un trouble du neurodéveloppement).
- Tous à l’école, Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H), fiche du 2 juin 2015.
Observer en classe : une semaine, six situations
Une grille d’observation à imprimer : elle sert à décrire des situations de classe, jamais à poser un diagnostic.
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